Elections

FMI : Lagarde, dans un fauteuil

Avec Pranab Mukherjee, le ministre indien des finances, le 7 juin, à New Delhi.

Avec Pranab Mukherjee, le ministre indien des finances, le 7 juin, à New Delhi. © Saurabh Das/Sipa

En dépit de quelques soucis judiciaires, l’actuelle ministre française des Finances reste la grande favorite pour succéder à Dominique Strauss-Kahn. Incapables de s’entendre, ses adversaires des pays émergents iront à la bataille en ordre dispersé

Christine Lagarde devrait succéder avant le 30 juin à Dominique Strauss-Kahn, inculpé pour tentative de viol, à New York, et démissionnaire, à la tête du Fonds monétaire international (FMI). Mais le succès de la ministre française de l’Économie et des Finances n’est pas encore définitivement assuré. Le 10 juin, lors de la clôture des candidatures, nul ne savait si elle serait déférée devant la commission des requêtes de la Cour de justice de la République française pour avoir choisi la procédure arbitrale qui, en 2008, aboutit à l’attribution de 403 millions d’euros à Bernard Tapie et à son épouse. Un boulet judiciaire non négligeable.

Depuis le 10 juin 2011, la liste de ses challengeurs est close. Christine Lagarde est désormais seule en lice face à Agustín Carstens, gouverneur de la Banque centrale du Mexique et ancien ministre des Finances.

Et les jeux semblent faits. Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, a affirmé sur Canal+, le 29 mai, que « parmi les huit chefs d’État et de gouvernement, plus le président de la Commission européenne et le président du Conseil européen, qui étaient là [au sommet du G8 à Deauville, le 27 mai, NDLR], il y avait unanimité pour soutenir Christine Lagarde ». Les pays du G8 contrôlant une large majorité des suffrages au FMI, l’élection de celle-ci devrait se faire « dans un fauteuil ».

Ce schéma est d’autant plus surprenant que le G20 avait, à plusieurs reprises, estimé que la désignation du directeur général du FMI, poste tacitement réservé à un Européen, et celle du président de la Banque mondiale, qui échoit depuis toujours à un Américain, ne devraient plus à l’avenir reposer sur un critère d’origine géographique, mais sur la seule compétence. DSK lui-même avait déclaré qu’il serait vraisemblablement le dernier Européen à diriger le FMI. Et les pays émergents ne faisaient plus mystère de leur volonté de voir l’un des leurs occuper le poste.

Détermination sans faille

Mais les Européens ont tiré les premiers et affiché une détermination sans faille depuis des mois. Sentant qu’il leur fallait lâcher du lest et concéder une place plus grande aux économies à croissance rapide, ils ont accepté de perdre des voix et deux sièges au conseil d’administration. Mais ils ont mis un point d’honneur à être les principaux contributeurs d’une récente augmentation de 500 milliards de dollars des réserves du FMI. Ce qui leur permet aujourd’hui de présenter la candidature de l’un des leurs à la direction générale comme légitime. Et de sécuriser l’aide que le Fonds apporte aux pays de l’Union européenne (UE) au bord de la banqueroute (92 milliards de dollars à ce jour).

Ils sont très vite tombés d’accord sur le nom du remplaçant de DSK. Angela Merkel, la chancelière allemande, n’a pas défendu la candidature du social-démocrate Peer Steinbrück. Ni David Cameron, le Premier ministre britannique, celle de Gordon Brown, son prédécesseur travailliste. Dès le 19 mai, le président de l’Eurogroupe, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, pouvait déclarer que Mme Lagarde serait « la candidate idéale ».

En face, les pays en développement se sont montrés incapables de désigner un candidat. Les Chinois ne voulaient à aucun prix d’un Indien, ni les Indiens d’un Chinois. En plein conflit douanier, Argentins et Brésiliens n’avaient pas la moindre intention de se faire de cadeau, et Tharman Shanmugaratnam, le ministre singapourien des Finances, promu vice-Premier ministre, a tout bonnement refusé d’entrer en lice.

À dire le vrai, chaque pays émergent a négocié en coulisses avec les Européens et les Américains. Mais pour son propre compte. Qui espérant obtenir un poste de numéro 2 ou 2 bis du FMI, qui un appui pour un poste de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, qui une promesse en vue de la succession de Pascal Lamy à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)…

Chouchou

Pour finir, la personnalité de Christine Lagarde a fait la différence. Son entregent, son anglais parfait, ses vingt-cinq années passées aux États-Unis et le fait qu’elle soit une femme en ont fait le chouchou des ministres des Finances de la planète. Elle rassure les Américains et arrondit les angles avec les Allemands et les Chinois, souvent exaspérés par les foucades de Nicolas Sarkozy.

Bien que de droite, elle apparaît moins libérale qu’un Agustín Carstens, qui, tout mexicain qu’il soit, n’en est pas moins un ex-« Chicago Boy », longtemps adepte de l’orthodoxie du « consensus de Washington ». Sa tournée électorale l’a déjà conduite au Brésil, en Inde, en Chine et au Portugal, où elle a rencontré les ministres africains des Finances. Elle devrait prochainement se rendre en Arabie saoudite,en Russie et en égypte.

Son discours de campagne est dans le droit fil de la politique de DSK. Elle entend donner plus de poids aux pays émergents dans le fonctionnement de l’institution ; souhaite que le FMI assure « une coordination monétaire » afin d’éviter « une volatilité excessive » des changes ; préconise que ce même FMI aille au-delà de son rôle de protecteur des grands équilibres macroéconomiques et se soucie aussi de l’emploi. Un programme que les 187 États membres ne peuvent qu’applaudir.

Dernier élément déterminant : la volonté des États-Unis de conserver la présidence de la Banque mondiale. Robert Zoellick, l’actuel président de l’institution, s’est félicité que chacun de ses trois directeurs généraux – Mahmoud Mohieldin (Égypte), Ngozi Okonjo-Iweala (Nigeria) et Sri Mulyani Indrawati (Indonésie) – soit en mesure d’assurer sa succession à la fin de son mandat, en juin 2012. Mais il s’agit d’un leurre. Plusieurs congressistes américains de poids ont fait savoir qu’il n’était pas question de renoncer au poste. Pour cela, les États-Unis (16,7 % des droits de vote) auront absolument besoin des voix européennes (ensemble, 30,9 % des droits de vote). Un prêté pour un rendu, en somme.

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