Politique

Affaire DSK : un cador entre en scène

Il se nomme Kenneth P. Thompson. C’est lui qui, désormais, dirige la défense de la victime présumée de l’ancien patron du FMI. Ce dernier a du souci à se faire.

Mis à jour le 17 juin 2011 à 18:30

Lors d’une conférence de presse, le 6 juin, à la cour criminelle de Manhattan. © Sipa

Il a fait une entrée fracassante, le 6 juin, dans l’affaire Dominique Strauss-Kahn. Kenneth P. Thompson, le nouvel avocat choisi par Nafissatou Diallo, la victime présumée, est devenu la voix de celle qui n’a toujours pas de visage.

« Ni le pouvoir ni l’argent de DSK n’auront d’influence sur la manifestation de la vérité. Ma cliente se bat pour la dignité des femmes et des enfants abusés sexuellement. C’est une femme très courageuse », a-t-il expliqué.

L’arrivée de cet avocat réputé – en même temps que celle de Norman Siegel, un autre ténor du barreau – est un renfort de poids pour le camp de Nafissatou Diallo, qui souffrait jusqu’ici de la comparaison avec les avocats de DSK, les redoutables Benjamin Brafman et William Taylor.

Ancien procureur fédéral, Ken Thompson, la quarantaine, a créé en 2003 son propre cabinet d’avocats. Africain-américain, il s’est spécialisé dans la défense des minorités et les demandes de dommages et intérêts. Les affaires sensibles, il connaît.

Brutalités policières

En 1997, à l’époque où il était procureur, il a joué un rôle essentiel dans la poursuite et la condamnation des policiers responsables du passage à tabac et du viol de l’immigré haïtien Abner Louima. Cette pénible affaire, qui révéla l’exceptionnelle brutalité de la police new-yorkaise, a beaucoup marqué les esprits.

En 2010, Thompson fut l’avocat d’une jeune femme noire du Bronx battue par le chef de cabinet du gouverneur de l’État de New York, David Paterson. Celui-ci tenta d’abord de couvrir les agissements de son collaborateur, puis, devant l’ampleur du scandale, finit par le licencier. Et par renoncer à briguer un second mandat.

Enfin, Thompson a obtenu l’acquittement du gérant d’un magasin de vidéos accusé, à tort, de harcèlement sexuel par six employées.

Appel théâtral

Si le procès a lieu, Thompson ne plaidera pas. La notion de partie civile n’existant pas aux États-Unis, Nafissatou Diallo sera entendue comme simple témoin. Son défenseur transmettra en revanche tous les éléments à charge au procureur Cyrus Vance Jr, qui mènera la bataille judiciaire contre Strauss-Kahn. Thompson sera également chargé d’occuper le terrain médiatique – un rôle évidemment crucial.

Dans ce registre, il est déjà passé à l’attaque, comme en témoigne l’appel un rien théâtral lancé le 7 juin à la télévision française aux « femmes de France et d’Afrique qui auraient été agressées par Dominique Strauss-Kahn ».

Il rendait ainsi coup pour coup à Brafman et Taylor, qui, la veille, avaient demandé au procureur la transmission de documents témoignant de « handicaps mentaux ou physiques », de « troubles émotifs » ou d’une « dépendance à la drogue » chez la femme de chambre du Sofitel.

Enfin, Kenneth Thompson pourrait engager une procédure au civil – distincte aux États-Unis du procès pénal – afin d’obtenir pour sa cliente de substantiels dommages et intérêts. C’est, on l’a vu, l’un de ses points forts. Dans une affaire similaire, il avait obtenu près de 8 millions de dollars. Largement de quoi payer ses très confortables honoraires !