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Guinée : ça bouge à Conakry

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Routes, énergie, eau, assainissement : les besoins sont nombreux, les chantiers ont commencé.

Routes, énergie, eau, assainissement : les besoins sont nombreux, les chantiers ont commencé. © Vincent Fournier/J.A.

L’élection de l’opposant historique Alpha Condé met fin à cinquante-deux années de régimes autocratiques. Six mois après son investiture, les premiers signes de changement apparaissent, notamment dans la capitale. Non sans quelques grincements de dents.

Rares sont ceux qui se souviennent à quel moment exactement a disparu le géant de bronze brisant ses chaînes qui trônait à l’entrée de Kaloum, la commune de Conakry abritant les administrations et les institutions. En fait, il a été percuté par un poids lourd il y a quelques mois, au moment où la Guinée attendait les premiers signes du changement promis par le nouveau président, Alpha Condé.

Ironie du sort : cette statue érigée sous l’ex-Premier ministre dit « de consensus », Lansana Kouyaté, nommé après les manifestations sanglantes de janvier et février 2007 contre le pouvoir et limogé un an plus tard par feu Lansana Conté, symbolisait la libération du pays. Elle surplombait le pont du 8-Novembre. Également appelé « pont des pendus » (des comploteurs supposés contre les précédents régimes y avaient été mis à mort en 1971 et en 1985), celui-ci disparaîtra aussi bientôt pour céder la place à un échangeur moderne. Conakry ne sera sans doute plus jamais la même.

Premières améliorations

Malgré ses bouchons encore aggravés par les aménagements routiers en cours, ses montagnes d’immondices et sa chaleur étouffante, la capitale guinéenne change et présente désormais une allure un peu plus sympathique. Militaires armés roulant en 4×4 à tombeau ouvert, barrages nocturnes, automitrailleuses et chars de combat dissimulés sous des bâches en divers points stratégiques – dont l’entrée de Kaloum – ont disparu. « Depuis l’installation du nouveau régime, nous ne sommes plus victimes d’exactions de la part des militaires et nous nous sentons davantage en sécurité », témoigne un habitant de Hafia, un quartier pauvre. « Le plus important était que les civils reprennent le pouvoir et que la Guinée ne soit plus coupée du monde à cause des sanctions », ajoute un fonctionnaire, néanmoins impatient de retourner aux urnes pour des législatives censées marquer la fin de la transition.

Le pays en bref

Superficie 245 857 km2

Population 10,3 millions d’habitants

Population urbaine 35,4 %

Croissance démographique 2,5 %

Capitale Conakry (2 millions d’habitants)

IDH (Indice de développement humain) 0,340 (156e rang sur 169 pays classés)

Espérance de vie 58,9 ans

Pauvreté 70 % de la population vit avec moins de 1,25 $ par jour

Couverture médicale 1 médecin et 3 lits d’hôpital pour 10 000 habitants

Population sans accès à des services améliorés d’assainissement 81 %

Alphabétisation 39 %

L’inflation galopante (passée de 7,9 % en décembre 2009 à 20,8 % un an plus tard) a des répercussions directes sur la vie économique, notamment sur le coût des denrées de première nécessité, et l’État comme les populations continuent de déplorer la cherté de la vie. Cependant, les Guinéens n’en notent pas moins quelques améliorations.

La plus notable : à Kaloum, les coupures d’électricité sont devenues moins fréquentes et moins longues. Depuis le mois de mars, cinq groupes ont été réparés dans les centrales thermiques de Tombo 3 et Tombo 5 avec le concours de Decco, une société sud-coréenne, ce qui a permis d’accroître sensiblement la capacité de production. De 48 MW fin 2010, celle-ci est passée à 100 MW, pour une demande estimée à 300 MW en période de pointe. « Nous allons poursuivre la réfection des équipements, confirme Papa Koly Kourouma, ministre de l’Énergie et de l’Environnement. Mais nous devrons aussi régler le problème du transport et de la distribution. »

Une semaine à peine après l’installation du président Condé, plusieurs manifestations spontanées contre le manque d’électricité et d’eau ont éclaté. Conakry compte environ 2 millions d’habitants. Le déficit quotidien en eau est de 135 000 m3, et certains quartiers construits sur les hauteurs n’ont pas été alimentés depuis dix ans. Le règlement de ce problème est capital pour la paix sociale mais son prix est très élevé, souligne Papa Koly Kourouma : 350 à 560 millions d’euros, qui n’ont pas encore été mobilisés. 

Excès de zèle ?

La propreté de la ville est un autre casse-tête. Chaque jour, la capitale produit 800 tonnes d’ordures ménagères. La construction d’une usine qui valoriserait les déchets pour produire de l’électricité est bien envisagée, mais la question de son financement reste entière. Quant au Service public de transfert des déchets (SPTD), il a du mal à nettoyer l’agglomération, qui ne dispose d’ailleurs que d’une seule décharge, située en banlieue. C’est pourquoi le gouverneur de Conakry, le commandant Sékou « Resco » Camara, a décidé de lui prêter main-forte en mobilisant notamment des jeunes pour assainir certains quartiers et curer les canaux d’évacuation des eaux usées. Ces opérations, malgré leur utilité, sont vues d’un mauvais œil par l’opposition, qui soupçonne des manœuvres politiciennes dans la perspective des législatives.

2 octobre 1958 Indépendance. Ahmed Sékou Touré instaure rapidement un régime dictatorial.

1984 Mort de Sékou Touré le 26 mars. Lansana Conté devient président le 5 avril après un coup d’État.

Décembre 2008 Décès de Conté le 22. Le 23, le capitaine Moussa Dadis Camara se proclame président.

28 septembre 2009 L’armée réprime une manifestation au stade de Conakry, tuant 157 civils.

3 décembre 2009 Tentative d’assassinat contre Dadis Camara. Le général Sékouba Konaté est chargé de l’intérim le 5.

15 janvier 2010 Accord de Ouagadougou, qui ouvre la période de transition.

7 novembre 2010 Alpha Condé est élu président (52,52 %). Il est investi le 21 décembre.

Toujours dans le cadre de l’amélioration du cadre de vie des Conakrykas, ces dernières semaines, plus de six cents personnes ont été sommées de libérer terrains et bâtiments appartenant à l’État, et de nombreuses installations situées en bordure de mer (ports de pêche, commerces, débits de boisson…) ont été rasées sous la supervision de « Resco », accusé par ses détracteurs d’être un peu trop zélé.

« Certains de ces lieux étaient devenus des repaires de narcotrafiquants », rétorque le lieutenant-colonel Moussa Tiégboro Camara, secrétaire général à la présidence chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le grand banditisme – dont les méthodes ne font pas non plus l’unanimité. Ce dernier est à l’origine de la fermeture de plusieurs cliniques clandestines où des chirurgiens formés dans des conditions douteuses pratiquaient des opérations parfois fatales pour les patients. Il y en aurait plus de cent cinquante à travers la ville. Les principaux établissements publics (CHU de Donka, hôpital Ignace-Deen) sont sous-équipés. L’accès aux soins est l’un des défis les plus importants pour le nouveau régime, qui prévoit d’injecter 44,1 milliards de francs guinéens (4,5 millions d’euros) en 2011 dans le secteur de la santé. Aussi nombreux que les cliniques clandestines, les hôtels illégaux sont également dans le collimateur du lieutenant-colonel Camara. Des mesures controversées, mais des premiers changements visibles. 

Budget serré

Du côté de l’exécutif, le nouveau président a introduit l’unicité des caisses de l’État afin de mieux contrôler les dépenses, et interdit à la Banque centrale de faire des avances au Trésor public sans contrepartie de recettes. Malgré une situation financière très tendue, le gouvernement, dirigé par Mohamed Saïd Fofana, s’est fixé comme objectif d’atteindre en 2011 un taux de croissance du PIB de 4 % en termes réels, contre 1,9 % en 2010, de ramener le taux d’inflation à 15,7 % en glissement annuel, contre 20,9 % en 2010, et de porter les réserves brutes de change de la Banque centrale à plus de 2,5 mois d’importation de biens et services, contre 1,9 mois en 2010.

Le budget 2011 prévoit des dépenses totales de 7 496 milliards de francs guinéens (dont 1 005 milliards sur financement extérieur), contre 8 041 milliards en 2010, ce qui représente une baisse de 6,8 %. Alors que le pays a besoin d’investir lourdement, notamment dans les infrastructures, pour relancer l’économie et assurer le développement humain, le ton est donné : les dépenses seront passées au crible.

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