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Cet article est issu du dossier «Guinée : L'effet Alpha»

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Politique

Discipline, affinités et fidélités au sein du pouvoir en Guinée

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Alpha Condé et son épouse à l'annonce des résultats de la présidentielle, le 15 novembre 2010.

Alpha Condé et son épouse à l'annonce des résultats de la présidentielle, le 15 novembre 2010. © Youri Lenquette

Le président veut remettre en ordre les rouages de l’État. Si, selon son entourage, il travaille trop et délègue peu, il peut compter sur les conseils d’amis de longue date, au sein de son cabinet comme à l’étranger.

L’époque où l’on entrait dans les administrations guinéennes comme dans un moulin est révolue. Il faut désormais montrer patte blanche et être « présentable ». Visiteurs assoupis dans les salles d’attente, intermédiaires agités et gros bols de riz se promenant entre les bureaux ont pratiquement disparu. « Le changement commence par l’ordre et la discipline », commente un proche collaborateur du chef de l’État.

Réunions du cabinet présidentiel, conseils interministériels et conseils des ministres sont hebdomadaires et commencent à l’heure prévue. Quant à Alpha Condé, sauf circonstances exceptionnelles, il arrive à Sékoutoureya tous les jours à 8 heures et repart pour sa résidence privée de Kipé, en haute banlieue, à 19 heures. Dans un pays où, ces deux dernières années notamment, une pagaille monumentale s’était installée, ces nouvelles habitudes relèvent presque du miracle.

Sautes d’humeur

Si, en apparence, tout va donc pour le mieux, la « galaxie Condé » n’est pas à l’abri des secousses. « Le président s’emporte régulièrement. Il a trop de travail et ne délègue pas. Il reste très méfiant à l’encontre de ses collaborateurs », entend-on en coulisses. Du côté de certains représentants internationaux en poste en Guinée, on estime qu’il « gouverne par décrets » et que « s’il a parfois de bonnes initiatives, ses décisions sont brutales. Tout comme ses coups de fil intempestifs ».

Dans son entourage, le mieux loti est, semble-t-il, son directeur de cabinet, Mohamed Diané, conseiller et confident depuis toujours. « Il incarne la fidélité absolue. Il a été de toutes les luttes, explique un proche. De 1998 à 2001, quand Alpha Condé était en prison, il habitait même sa maison. Il a toujours assuré la cohésion du parti. » Alors que la présidence grouille aujourd’hui de conseillers officiels, dont beaucoup proviennent des régimes précédents, Diané, personnage discret mais doté d’une grande force de caractère, fait figure d’homme particulièrement influent.

Condé Djènè Kaba, une première dame très réservée

C’est en mai 2010, peu avant le lancement de la campagne présidentielle, que les Guinéens ont découvert Condé Djènè Kaba, désormais première dame du pays. Elle venait alors de convoler en justes noces avec le futur président, considéré comme un célibataire endurci et dont les mariages précédents furent aussi brefs que discrets.

De 1984 à 2010, cette native de Kankan, grande ville de Haute-Guinée, a vécu en France, où elle a décroché une licence en sociologie et une maîtrise en information-communication (à l’université Paris-VII) et travaillé, notamment, à l’Agence de la coopération culturelle et technique (ACCT, devenue l’Organisation internationale de la francophonie), puis à l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE).

Depuis l’élection de son époux, Condé Djènè Kaba se soumet avec discrétion à ses obligations de première dame. Et est restée jusqu’à présent éloignée des sphères du pouvoir. Dans une interview à Jeune Afrique, le chef de l’État avait d’ailleurs déclaré avoir « interdit à [son] épouse de faire de la politique et des affaires ». « Le jour où elle m’apportera un dossier de faveur, je divorcerai sur-le-champ », avait-il ajouté.

Chérif Nanténin Konaté, la ministre des Affaires sociales, de la Promotion féminine et de l’Enfance, est également une camarade de très longue date du chef de l’État. « Elle a milité avec lui en France et est sans doute la seule femme avec laquelle il prend des décisions politiques », confie la même source.

À l’étranger, Alpha Condé – qui a passé la majeure partie de sa vie dans l’Hexagone – compte aussi de nombreux « amis » – l’ancien ministre français Bernard Kouchner, le financier américain George Soros… –, parmi lesquels quelques homologues africains. On cite souvent les présidents de l’Angola et du Congo, José Eduardo dos Santos et Denis Sassou Nguesso. Il tendrait aussi une oreille particulièrement attentive au Sud-Africain Jacob Zuma, avec lequel il discute des « questions de stratégie de développement régional ». 

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