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Politique

Armée guinéenne : les militaires remis au pas

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Parade de l'armée lors du cinquantenaire de l'indépendance à Conakry, le 2 octobre 2008.

Parade de l'armée lors du cinquantenaire de l'indépendance à Conakry, le 2 octobre 2008. © AFP

Après plus de vingt-cinq ans de règne et de mauvaises habitudes, les troupes retournent à leurs casernes tandis qu’une réforme en profondeur s’engage. Le chef de l’État, qui est aussi ministre de la Défense, pilote personnellement les opérations.

Finies, les soirées arrosées qui se terminaient souvent par des batailles rangées entre militaires éméchés. Le Tango fait grise mine. En quelques mois, ce célèbre maquis de Boulbinet, vieux quartier de Kaloum – le centre des affaires de Conakry –, a perdu sa principale clientèle. Sommés par les nouvelles autorités de ne plus circuler armés, les soldats ont fini par déserter la ville, à la grande satisfaction de ses habitants, ainsi libérés de plus d’un quart de siècle d’oppression militaire.

Connue pour son indiscipline et sa propension à faire usage de la violence, l’armée guinéenne semble s’être assagie. Son comportement vis-à-vis des civils mais aussi dans ses rangs a commencé à changer après l’installation du président de la transition, le général Sékouba Konaté. Si l’on en croit plusieurs hauts gradés, rien ne devrait plus la détourner du droit chemin.

Pour sa part, en tout cas, le pouvoir en place a bien l’intention de mettre en œuvre la réforme du secteur de la défense et de la sécurité attendue par les institutions africaines et internationales, les bailleurs de fonds, ainsi que par les Guinéens. Cette réforme, dont le coût est estimé à plus de 30 millions d’euros, vise à renforcer les capacités de l’armée guinéenne dans le cadre d’une politique de défense nationale rationnelle.

Le financement étant encore incertain, depuis le début de l’année l’État a injecté sur ses fonds propres 37 milliards de francs guinéens (3,7 millions d’euros) dans des actions prioritaires, à savoir la démilitarisation de Conakry, le redéploiement des engins lourds et autres équipements et la formation des soldats.

Selon le directeur de cabinet du ministère de la Défense, le général Aboubacar Sidiki Camara, dit « Idi Amin », 1 600 éléments ont déjà quitté la capitale et regagné des unités postées à travers le pays, tous les engins de guerre et les armes lourdes (automitrailleuses, chars, ­lance-roquettes) ont été expédiés à l’intérieur du territoire, et les armes légères sont désormais rangées dans les râteliers. Et, dit-il, plus de 18 000 soldats suivront en 2011 un programme d’études afin d’obtenir leur certificat d’aptitude militaire (CAM). La formation des troupes avait totalement disparu.

Sureffectif

Autre préoccupation des nouvelles autorités civiles et militaires : le casernement des hommes, dont 60 % vivraient parmi la population. Mais il reste difficile d’y voir plus clair sans données précises. C’est pourquoi un recensement des effectifs, estimés entre 35 000 et 45 000 selon les sources, sera réalisé prochainement par une société sud-africaine.

Le départ à la retraite de plus de 2 000 personnes est par ailleurs prévu. Le sort de 11 000 nouvelles recrues enrôlées durant la transition « sans [que ce recrutement obéisse] à aucun critère » fait aussi l’objet d’une attention particulière : 4 000 seront récupérées par le ministère de l’Environnement pour la surveillance des forêts, les 7 000 autres devraient être orientées vers l’administration pénitentiaire, la protection civile, les pompiers, etc.

Le futur recensement permettra en outre une meilleure gestion des fonds alloués à l’armée, qualifiée de « budgétivore ». En 2010, elle a coûté 920 milliards de francs guinéens, soit 30 % du budget de l’État. Ce dernier, soucieux de mettre en place une force militaire fiable, semble malgré tout disposé à prendre son cas à bras-le-corps.

Alpha Condé s’est attribué le portefeuille de la Défense et a créé un Comité national de pilotage de la réforme du secteur de la sécurité, qu’il préside. Ce comité comprend des représentants des différents ministères, du Conseil national de transition, des syndicats, ainsi que de plusieurs organisations de la société civile et de la jeunesse. « Pour créer une armée républicaine, il faut être dans l’esprit du peuple », souligne le général Aboubacar Sidiki Camara. Lui qui, comme la ­majorité des officiers désormais au côté du chef de l’État, a ­soutenu le putsch, le 23 ­décembre 2008, du capitaine Moussa Dadis Camara et appartenu, pour un temps, au Conseil national pour la démocratie et le ­développement (CNDD), nom officiel de la junte.

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