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Cet article est issu du dossier «Révolutions arabes : l'exception algérienne»

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Algérie : Carton plein (de promesses) pour les patrons

| Par Jeune Afrique
une loi de finance complémentaire qui mise sur les PME-PMI.

une loi de finance complémentaire qui mise sur les PME-PMI. © Glez.

Exit la méfiance à l’égard de l’entreprise. Pour dynamiser l’économie, le gouvernement mise sur le privé, particulièrement les PME-PMI.

Le vent de réformes qui souffle sur l’Algérie institutionnelle n’épargne pas la sphère économique. Une preuve ? Les lois de finances complémentaires (LFC). Adoptés à mi-exercice, ces textes ont pour vocation de réajuster le budget de l’État en fonction des contingences économiques et d’apporter des correctifs en matière de législation. Depuis le début du troisième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, en mai 2009, les LFC successives ont introduit des mesures fondamentales dans le fonctionnement de l’économie : retour du protectionnisme, régulation du commerce extérieur, encadrement de l’investissement étranger, etc. Particularité des LFC de ces dernières années : elles ont été adoptées par voie d’ordonnances présidentielles, entre deux sessions de l’Assemblée populaire nationale (APN). Autrement dit, elles n’ont pas été soumises au débat parlementaire… Eh bien, ce n’est plus le cas.

La LFC 2011 a figuré sur l’agenda des députés avant la clôture de la session de printemps. « En se passant volontairement de cette prérogative constitutionnelle, affirme un conseiller d’Abdelaziz Bouteflika, le chef de l’État entend associer la représentation nationale à l’élaboration et à la définition de la politique économique. » Résultat : une trentaine d’amendements ont été apportés à la mouture présentée par le ministre des Finances, Karim Djoudi. Un long débat s’est engagé autour du déficit budgétaire né des colossales hausses salariales (jusqu’à 80 % pour certaines catégories de fonctionnaires) et des subventions des produits de première nécessité décrétées pour apaiser la colère populaire de janvier dernier. Montant de la rallonge budgétaire demandée : près de 230 millions d’euros.

Couplées à ce qu’on appelle communément le « printemps arabe », ces manifestations contre la cherté de la vie – qui avaient tourné à l’émeute dans vingt des quarante-huit wilayas du pays – ont contraint le président Bouteflika à annoncer des réformes politiques et à lancer une réflexion sur la stratégie de développement, associant les acteurs de la sphère économique, publics et privés, l’élite universitaire ainsi que les partenaires du dialogue social, patronat et syndicats. 

Climat des affaires. Décideurs et opérateurs économiques sont unanimes sur un point : il faut mettre l’entreprise au cœur de la stratégie de développement. « Réhabiliter l’outil de production, mettre à niveau le tissu de PME-PMI et améliorer sensiblement le climat des affaires, tel est le triptyque nécessaire pour réussir cette démarche et pour que la croissance soit moins molle », énumère l’économiste Saad Bahloul, de l’université d’Oran.

Avec une moyenne proche de 4 % ces dix dernières années (environ 6 % hors hydrocarbures), la croissance est portée à bout de bras par la dépense publique, de vertigineux investissements (400 milliards d’euros entre 2000 et 2014) dans les infrastructures et l’amélioration des conditions de vie de la population (logement, santé, éducation, etc.).

Proche de 4% en moyenne ces dix dernières années, la croissance est basée sur la dépense publique.

Cependant, le patronat relativise. « La croissance est en deçà des potentialités, déplore un homme d’affaires. En outre, l’explosion des importations en biens et services – qui ont atteint plus de 33 milliards d’euros en 2010 –, doublée d’une plus grande implication des grands groupes étrangers dans les marchés de développement (une forte présence due au manque de compétitivité des entreprises algériennes), fait que cette croissance produit plus d’effets externes qu’internes. »

Remotivation. Pressé par les patrons et syndicats, le gouvernement d’Ahmed Ouyahia a adopté le principe de préférence nationale en faveur des entreprises nationales ou étrangères de droit algérien. « Cela aidera à faire participer l’entreprise algérienne à la création de richesses et d’emplois, et à augmenter de manière significative les recettes fiscales », argumentait un document du Forum des chefs d’entreprise (FCE) soumis lors de la rencontre tripartite (gouvernement, syndicats, patronat) qui s’est tenue le 28 mai à Alger. Pour sa première participation à une tripartite, le FCE, présidé par Réda Hamiani, a plutôt porté bonheur au patronat. Outre la préférence nationale, ce dernier a enregistré de nombreux acquis à l’issue de la réunion (lire encadré).

Mettre l’entreprise au cœur du processus de croissance ne serait d’aucune utilité si de sérieuses mesures n’étaient pas prises pour améliorer le climat des affaires. À l’issue de la tripartite, dans un rare exercice d’autocritique, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a admis l’échec de son gouvernement et reconnu la lourdeur des procédures, les difficultés de l’accès au foncier industriel, ainsi que l’absence de banques d’investissement. Autant de contraintes qui entament l’enthousiasme de l’investisseur le plus motivé.

Autre point soulevé au cours des multiples réflexions sur un nouveau régime de croissance : la création de passerelles entre l’université et l’entreprise. Sur les 300 000 personnes arrivant chaque année sur le marché du travail, 120 000 sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur ; or, le taux de chômage des diplômés est plus de deux fois supérieur au taux de chômage global (10 %). Le développement de liens entre les centres de formation et l’outil de production sera utile dans la réduction de cette inégalité.

Les acquis de la tripartite

Jamais une réunion avec les syndicats et le gouvernement n’aura été aussi fructueuse pour le patronat algérien que celle qui a eu lieu, le 28 mai, dans la foulée de l’annonce par Abdelaziz Bouteflika du lancement d’une réflexion sur le rôle de l’entreprise sur l’échiquier économique. Pour preuve, les mesures décidées par la tripartite qui lui sont favorables :
• Préférence nationale. Désormais, l’entreprise algérienne ou étrangère de droit algérien (domiciliée dans le pays) est déclarée mieux-disante si elle soumissionne jusqu’à 25 % de plus que la proposition du groupe étranger.
• Crédit documentaire (Crédoc). Cette procédure bureaucratique est supprimée pour toutes les opérations d’importation d’équipements, d’intrants et pour tous les produits destinés à l’outil de production.
• Dettes des PME-PMI. Instruction est donnée aux banques de rééchelonner les créances des petites et moyennes entreprises en difficulté. Un différé de trois ans est envisagé avec prise en charge par le Trésor.
• Risques de change. La Banque d’Algérie doit mettre en place un dispositif pour couvrir les risques liés aux fluctuations monétaires.

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