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Cet article est issu du dossier «Révolutions arabes : l'exception algérienne»

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Politique

Algérie : Parole libérée cherche écoute attentive

| Par Jeune Afrique
Les assises du Conseil national économique et sociale.

Les assises du Conseil national économique et sociale. © Louiza Ammi

Plus d’un millier d’acteurs associatifs, économiques et culturels ont participé aux premiers états généraux de la société civile. L’occasion pour celle-ci d’affirmer le rôle qu’elle compte jouer.

Organisés par le Conseil national économique et social (Cnes), les premiers états généraux de la société civile se sont tenus au Palais des nations, au Club des pins, station balnéaire à l’ouest d’Alger. Les travaux, qui ont tout de même rassemblé plus d’un millier de participants (sur un tissu associatif national comptant quelque 85 000 organisations), entrent dans le cadre du cycle de concertations lancé par le président Abdelaziz Bouteflika.

Parrain de ces états généraux de la société civile, le chef de l’État a préféré s’abstenir de faire une quelconque déclaration préliminaire lors de leur inauguration. L’universitaire Mohamed Seghir Babès, président du Cnes, a précisé que la démarche du président visait à éviter toute interférence dans le contenu des débats. « L’unique message qu’il a adressé aux participants, explique Babès, était que la parole était totalement libre. » S’il était nécessaire de le rappeler… Les 1 100 participants n’ont en tout cas pas raté l’occasion. Représentants associatifs, syndicaux, patronaux ou estudiantins, membres de cercles de réflexion, de conseils de déontologie ou de sociétés savantes, artistes, communicants, académiciens, chercheurs, tous ont débattu trois jours durant, du 14 au 16 juin.

« La plupart ont traduit, souvent avec émotion, parfois avec une colère à peine contenue, les difficultés de franges de la société – femmes, jeunes, chômeurs, syndicalistes – face à la dureté des conditions de vie », explique le philosophe Mustapha Cherif, qui a dirigé les travaux d’un des cinq ateliers mis en place pour alimenter les débats, sur le thème de la pluralité de la société civile. Les quatre autres ateliers étaient consacrés aux partenaires sociaux appelés à envisager un nouveau régime de croissance ; au système de protection sociale et de solidarité nationale ; aux aspects de la démocratie participative ; et à la jeunesse. Les propos étaient souvent vifs et, au final, les échanges plutôt fructueux. Reste à passer à la pratique.

Définitions. Les premiers résultats sont la création d’un observatoire national et l’élaboration d’une charte de la société civile. Rédigée sous la supervision de Mustapha Cherif, cette dernière consiste à poser quelques définitions tout aussi basiques qu’essentielles. Le texte consacre la société civile comme élément constitutif de la nation et lieu privilégié de la promotion de la citoyenneté ; elle aura pour lourdes tâches de concilier patriotisme et ouverture sur le monde. Source de cohésion nationale et de cohérence sociale, elle n’est pas antinomique avec la société politique, mais s’en distingue par son action exclusivement civique.

Les états généraux ont également permis de définir les objectifs de la société civile. Le premier d’entre eux étant, donc, de développer le civisme et la culture de la solidarité nationale : acteur incontournable de la vie publique, elle est appelée à multiplier les espaces d’écoute et d’expression citoyenne.

« Les citoyens ne sont pas dupes, affirme Mustapha Cherif. Ils refusent à la fois les surenchères et les interférences. La plupart des interventions ont attiré l’attention sur les attentes pressantes de la population. Les acteurs de la vie associative ont insisté sur un point fondamental : leur souci d’autonomie. En même temps, ils se revendiquent comme partenaires incontournables [des pouvoirs publics, NDLR]. »

"Les intervenants ont traduit les difficultés de la population face à la dureté des conditions de vie." Mustapha Cherif, philosophe, responsable d’un atelier

Nation et collectivité locale. Afin de dynamiser le lien social mis à mal par la décennie noire (les années 1990, marquées par la tragique et meurtrière insurrection islamiste), la société civile invite en effet les autorités à un partenariat efficace pour mieux asseoir une démocratie participative. Et précise à cet égard qu’elle devra être considérée comme une force de proposition, que l’exécutif devra être en permanence à son écoute, notamment en matière de développement local. Les participants à ces états généraux demandent notamment la création d’un cadre de concertation permanente pour tout ce qui concerne les opérations de développement au niveau communal et régional.

Au niveau national, la société civile revendique une participation effective au dialogue institutionnel avec la transformation de la tripartite (gouvernement, syndicats, patronat) en quadripartite.

Les milliers de propositions recueillies au cours des états généraux ont été compilées par les cinq ateliers mis en place. Le volumineux rapport final sera présenté le jour de la fête nationale, le 5 juillet, à Abdelaziz Bouteflika.

Rentrée parlementaire chargée

En septembre, les élus des deux chambres ne se concentreront finalement pas sur les législatives, prévues l’an prochain. Ils auront la lourde tâche d’étudier, de débattre et d’adopter un vaste arsenal législatif. Objectif : mettre en œuvre le processus de réformes démocratiques. En attendant les projets de loi qui devront être préparés par le gouvernement pendant l’été à partir des multiples consultations menées de mai à juillet, huit grands chantiers les attendent déjà. Ils devront se pencher sur :

• la révision du Code électoral ;
• la loi sur les partis politiques et nouveaux agréments ;
• les incompatibilités au mandat parlementaire ;
• la représentation des femmes au sein des assemblées élues ;
• la modernisation du Code de wilaya ;
• de nouvelles dispositions de la loi sur les associations ;
• l’application du Code de l’information pour libéraliser les médias ;
• l’assouplissement du Code pénal.

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