Dossier

Cet article est issu du dossier «Révolutions arabes : l'exception algérienne»

Voir tout le sommaire
Société

Algérie : Nabni, « boîte à idées citoyenne »

| Écrit par Ahmed Bey
De G. à D. Anisse Teraï, Rostane Hamdi et Zoubir Benhamouch, membres de Nabni.

De G. à D. Anisse Teraï, Rostane Hamdi et Zoubir Benhamouch, membres de Nabni. © Vincent Fournier/J.A.

Déclencher un processus participatif pour changer le pays, c’est l’objectif de Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées. Une initiative qui se déclare apolitique, mais suscite bien des questions.

Qui est derrière Nabni ? Pour l’opinion publique, l’initiative Notre Algérie bâtie sur de nouvelles idées (dont l’acronyme, en arabe, signifie « bâtissons ») est encore un mystère. Abdelkrim Boudra, 42 ans, porte-parole de Nabni, se veut rassurant. « Il n’y a ni parti ni aucune personnalité derrière cette initiative, explique ce directeur d’un centre de formation situé sur les hauteurs d’Alger. Notre démarche n’est nullement politique. Nabni est le fruit d’une longue réflexion engagée par de jeunes Algériens venus d’horizons divers, qui se sont posé la question suivante : que pouvons-nous faire d’utile pour l’Algérie ? Les éléments de réponse sont publiés chaque semaine sous formes de propositions. »

Suspicion. Il reconnaît néanmoins que la suspicion quant à la manipulation ou à la récupération de l’initiative est tout à fait compréhensible : « Le pays traverse une véritable crise de confiance. Tout est suspect. L’un des objectifs de notre démarche consiste, justement, à contribuer à rétablir un climat de confiance au sein de la société algérienne. »

La première série de dix propositions a été publiée sur le site nabni2012.org le 13 avril, et les membres de Nabni s’étaient donné jusqu’au 29 juin pour réunir cent propositions. Celles-ci ont été réunies dans un premier recueil, « Cent mesures pour l’émergence d’une Algérie nouvelle », adressé à la présidence de la République, au gouvernement et aux partis politiques à l’occasion de la fête nationale, le 5 juillet.

Ce même jour doit être lancé « Nabni 2020 », un appel à la réflexion et à la prospective des générations de l’indépendance pour les douze mois à venir. Développement économique et social, gouvernance et institutions, société et culture, éducation et innovation, qualité de vie, urbanisme et développement durable… L’objectif est d’aboutir à la publication, pour le 5 juillet 2012, d’un Rapport du cinquantenaire de l’indépendance : bilan et vision pour l’Algérie de 2020. Le calendrier est à la fois symbolique et technique. Il est donc forcément politique.

En fait, le concept de Nabni repose sur trois piliers : une large participation, la qualité et la faisabilité des propositions, et, surtout, l’accord des autorités. Dans un pays où la notion de partenariat est bannie du mode de gouvernance, ce dernier point reste la véritable inconnue. Jusqu’à présent, les membres de Nabni assurent n’avoir eu aucun contact avec un représentant du gouvernement.

Quête de visibilité. Pour Rostane Hamdi, 36 ans, consultant en management et stratégie, et coordinateur du comité de pilotage, un éventuel rejet des pouvoirs publics n’aura pas de réelle influence sur le devenir de l’initiative. « En tant que structure, cela n’impactera pas notre fonctionnement dans la mesure où Nabni demeure une “boîte à idées citoyenne et participative”. Nos objectifs s’appuient sur notre capacité à fédérer des personnes capables de réfléchir et disposant de l’expertise requise dans le cadre d’une démarche, donc, participative et citoyenne. »

Les membres de Nabni réfléchissent à la forme que l’initiative pourrait prendre à court terme, de façon à ce qu’elle soit plus structurée. « Fondation, centre de réflexion ou think-tank citoyen… rien n’a été arrêté à ce jour, confie Rostane Hamdi. Ce qui est sûr, c’est que la forme sera, nous l’espérons, plus organisée et avec une meilleure visibilité. »

Parmi les propositions…

No 1 ­– Administration. Réduction d’au moins 20 % de la liste des documents requis pour chacun des vingt actes administratifs les plus demandés par les citoyens.
No 11 – Jeunesse. Création d’un fonds Algérie-2050 pour les générations futures, dont les principes de fonctionnement seront inscrits dans la Constitution (allocation, transparence et non-utilisation avant le 1er janvier 2050).
No 32 – Immobilier. Interdire les actes notariés sur les transactions immobilières en liquide et réduire les droits et taxes sur ces transactions.
No 46 – Éducation. Alléger les horaires et la durée hebdomadaire des classes au cycle moyen de l’école fondamentale [collège, NDLR] ainsi qu’au lycée et introduire des formations en mode projet et des heures supplémentaires d’éducation physique et sportive.
No 72 – Économie. Recruter des spécialistes du négoce des matières premières agricoles au sein des offices de régulation des marchés et améliorer leurs mécanismes d’achat.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3104_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer