Économie

Des agences de notation pyromanes

Mis à jour le 11 juillet 2011 à 12:00
Alain Faujas

Par Alain Faujas

Alain Faujas est spécialisé en macro-économie.

Pas de semaine sans qu’une agence de notation ne dégrade ou ne menace de dégrader la note de la dette d’un État comme la Grèce, bien sûr, et même comme le Japon. Pour les pays en difficulté, ces annonces sont un coup de poignard dans le dos, car la prime de risque qui va leur être demandée pour leur prêter de l’argent sera plus élevée. Autrement dit, on les obligera à payer plus cher l’argent dont ils ont besoin. On demandera aux malades de porter un fardeau plus lourd ! Incohérent.

Certes, les agences de notation – Fitch Ratings, Standard & Poor’s, Moody’s – sont faites pour donner aux investisseurs des informations sur les risques qu’ils prennent en prêtant de l’argent aux entreprises et aux États. Le problème est qu’elles ont durci leur comportement depuis la crise. Avant, elles notaient avec une certaine complaisance leurs « clients », car ce sont les États et les entreprises audités qui paient les enquêteurs. Au sortir de la crise des subprimes, la majorité des groupes qui avait reçu des notes d’excellence (AAA) s’est retrouvée dans la catégorie des titres « pourris » (CCC).

Menacées depuis cette année, en Europe, de devoir répondre de prévisions imprudentes, les agences sur-réagissent désormais aux risques, afin de ne plus être prises en défaut. C’est ainsi qu’elles n’ont pas attendu un mois pour dégrader les notes de la Tunisie et de l’Égypte dès que le « printemps arabe » a pris son envol, en raison d’une désorganisation possible de l’économie de ces pays.

La nouvelle directrice générale du FMI, Christine Lagarde, leur avait lancé un appel « à la retenue » sur la Tunisie, mais elles n’en ont pas tenu compte. Son prédécesseur, Dominique Strauss-Kahn, préconisait de ne pas tenir compte automatiquement de leurs notes. Mais qui empêchera les investisseurs de vendre leurs titres de dette quand elles sonnent le tocsin ? Les agences de notation vont continuer de sévir, hélas !