Politique

Syrie : Assad dos au mur

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Une rue de Damas, avec des affiches du président Bachar El-Assad, en avril 2011.

Une rue de Damas, avec des affiches du président Bachar El-Assad, en avril 2011. © Anwar Amro/AFP

Après quatre mois de répression, les manifestants ne veulent plus de dialogue. Tandis que les violences orchestrées contre leurs ambassades donnent aux Français et aux Américains l’occasion de clamer haut et fort l’illégitimité du régime. De quoi faire basculer ses derniers soutiens.

Le 10 juillet devait se tenir à Damas la première rencontre préliminaire à l’ouverture du grand « dialogue national » annoncé le 20 juin par le président Bachar al-Assad. Mais la réunion a vite pris le ton du soliloque, l’opposition ayant conditionné sa participation à l’arrêt des violences et à la libération des prisonniers politiques. Après quatre mois de répression, plus intransigeants que jamais, les manifestants avaient fait de la journée du 8 juillet le « Vendredi du non au dialogue ». Exaspérés par la violence sans bornes des forces de sécurité, ils ne veulent désormais qu’une chose : la fin du régime baasiste.

Leur détermination s’est trempée dans le sang des victimes civiles, plus de 1 300 selon les ONG. À chaque nouveau « jour de colère », ils envahissent plus nombreux les rues pour affirmer, comme leurs frères de Tunisie, d’Égypte, de Libye et du Yémen, qu’ils n’ont plus peur. Propagés par les réseaux sociaux, les mots d’ordre des manifestants se résument à la formule qui défie les balles : « Dégage ! »

Contrairement aux calculs de Bachar al-Assad, la mise en quarantaine des villes rebelles, assiégées et investies par des unités de blindés, n’a pas empêché la fièvre révolutionnaire de gagner le pays. À l’ouest, la ville de Hama, encore traumatisée par la sanglante répression qui, en 1982, avait étouffé une insurrection islamiste sous plus de 20 000 cadavres, a pris le relais de Deraa (sud), à l’avant-garde de la contestation. Le 1er juillet, près de 250 000 de ses 800 000 habitants sont descendus dans les rues pour appeler à la chute du régime. Le 8 juillet, le positionnement de chars autour de la ville ne les a pas empêchés de se rassembler deux fois plus nombreux.

Venus les rencontrer et, donc, les soutenir, les ambassadeurs français et américain ont été accueillis par des brassées de fleurs. Et sèchement réprimandés à leur retour à Damas par les autorités, qui se sont empressées d’y voir un complot des puissances occidentales. Partout refusée, la liberté de manifester a été accordée à une poignée de militants, qui, le 10 juillet, ont assailli les représentations diplomatiques française et américaine, brisant les vitres et mettant le feu à des véhicules.

De part et d’autre, les ambassadeurs ont été convoqués par leur ministre des Affaires étrangères. Jusqu’alors relativement réservés, tout au moins dans leurs déclarations publiques, la Maison Blanche et le Quai d’Orsay se lâchent. Le Conseil de sécurité de l’ONU condamne. La passe d’armes diplomatique est engagée.

Trop tard pour Bachar ? Pour la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, relayée par Barack Obama, le président syrien « perd sa légitimité ». Pour le Premier ministre français, François Fillon, il « a franchi toutes les limites ». Ce qui pourrait rapidement débloquer la situation – à l’ONU, dans un premier temps –, c’est que la Russie et la Chine (qui bloquent un projet de résolution visant à condamner les violences perpétrées par son régime) soient convaincues que Bachar al-Assad n’est plus l’homme de la situation.

Même ses plus proches soutiens prennent aujourd’hui leurs distances. Réunis à Téhéran le 11 juillet, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, et le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, l’ont appelé à prendre en compte les revendications de la population. Pendant ce temps, les Syriens continuent d’affluer en Turquie et au Liban. Et, désormais moins en sécurité en Syrie qu’en Irak, des centaines de réfugiés irakiens font le choix de rentrer chez eux.

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