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Cet article est issu du dossier «Tunisie : Six mois après... La révolution continue»

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Société

La citoyenneté en e-learning

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Après la « révolution 2.0 », internet s’impose comme laboratoire de la démocratie, entre pédagogie et militantisme de tous ordres.

Faute d’espaces d’expression libre, l’opposition tunisienne avait massivement investi la Toile en général, et les réseaux sociaux en particulier, pour se faire entendre. Ben Ali avait d’ailleurs été, par deux fois, contraint de lâcher du lest sur la censure du web. La cyberdissidence a longtemps navigué sous le couvert de l’anonymat, revendiquant une totale liberté d’expression, déjouant la surveillance de l’Agence tunisienne d’internet et dévoilant l’envers du décor idyllique présenté sur la scène internationale.

Si le soulèvement d’un pays entier ne peut s’opérer dans le seul espace virtuel, les Tunisiens en ont si bien exploité les potentialités que leur révolution peut revendiquer le label « 2.0 ». Des révélations de WikiLeaks au fédérateur portail nawaat.org, des attaques massives des sites officiels par les hackers d’Anonymous au relais sur YouTube, Twitter et Facebook des vidéos et témoignages relatant la réalité du mouvement, le web a alimenté la contestation sociale et alerté le monde.

Depuis, la cyberdissidence s’est convertie en cybercitoyenneté. Arrêté en janvier dernier pour son activisme, le blogueur Hamadi Kaloutcha reconnaît que « les groupes se sont dispersés » : « Avant la révolution, nous avions un ennemi commun ; aujourd’hui, chacun agit selon ses priorités. Pour ma part, je continue de militer contre toute forme de censure que pourraient imposer des magistrats. » D’autres « travaillent sur la démocratie participative, sur l’open-governernance et la démocratie 2.0 », précise le blogueur Haythem el-Mekki.

Mode d’emploi

Si l’unité des troupes se fissure, l’action se poursuit sur la Toile, devenue un média à part entière, avec plus de 2 millions d’internautes pour 10,5 millions d’habitants. La plupart d’entre eux s’impliquent dans l’éveil à la citoyenneté, à travers des associations leur permettant de créer des plateformes communautaires, telles que celle des Jeunes Indépendants démocrates (JID) ou fhimt.com. Ce portail se démarque par son approche pédagogique, avec des graphiques permettant d’appréhender rapidement un sujet (notamment le positionnement des partis politiques) ou son e-book téléchargeable, Élections de l’Assemblée constituante. Mode d’emploi, élaboré par deux trentenaires : Rym Jaziri, avocate et membre de l’Association tunisienne des libertés numériques (ATLN), et Mohamed Ali Razgallah, ancien de Centrale Lyon et consultant en systèmes d’information dans une entreprise française.

Le Net devient ainsi un laboratoire d’apprentissage de la démocratie, même si beaucoup de jeunes peinent à faire le tri entre les informations et à y voir clair quant au projet de société qu’ils souhaitent. « Le terrain a changé, souligne Hamadi Kaloutcha. Avant, dans le silence, la moindre voix faisait un vacarme. Maintenant, tout le monde prend la parole et personne ne se fait entendre. C’est pour cela qu’il est important de se réunir autour de thématiques communes pour des actions collectives. Actuellement, même les partis sont dans les cybermouvements, sans compter la “cyberpolice” des islamistes. Il ne faut pas que les dissensions internes au monde des blogueurs prévalent sur l’intérêt général, car un e-citoyen est en train de naître. »

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