Cinéma

Cinéma : quand l’Afrique s’anime

Pierre Sauvalle mise sur le riche réservoir de contes du continent © YL

Premier studio d’animation 100 % africain, Pictoon sortira en 2012 Lions invincibles, un long-métrage en préparation depuis six ans. Coût estimé du projet : 4 millions d’euros.

« L’animation est un produit universel à large spectre de diffusion. Et l’Afrique est riche de contes et de légendes. C’est une manne providentielle pour la jeunesse », défend Pierre Sauvalle, cofondateur du studio Pictoon basé à Dakar (Sénégal), tandis que ses collaborateurs gardent le nez plongé dans leurs dessins. Depuis plusieurs mois, ils planchent sur le long-métrage d’animation Lions invincibles, un projet majeur soutenu par le footballeur ivoirien Didier Drogba. Treize ans après sa création à Dakar, Pictoon, premier studio africain d’animation, s’apprête à entrer dans la cour des grands.

L’aventure a débuté à Dakar à la fin des années 1990. Pierre Sauvalle, dessinateur, scénariste et réalisateur franco-camerounais formé notamment à l’École nationale d’arts Paris-Cergy et à l’école Gobelins, rencontre Aïda Ndiaye, avec qui il investit plus de 100 millions de F CFA (environ 152 000 euros) dans la création de Pictoon. En 2000, ils sortent leur première série, coproduite par Canal France international (CFI), Kabongo le griot. Les 13 épisodes de 13 minutes remportent un certain succès et, surtout, permettent aux deux associés de se faire (re)connaître dans le milieu fermé de l’animation. « Pierre est devenu une référence en Europe, en Amérique et en Asie, où il participe désormais à de nombreuses rencontres professionnelles », indique l’un de ses proches. Mais pour lui, cela n’est pas suffisant. Il rêve de voir ses films sur les écrans du monde entier. Les succès planétaires de Kirikou et du Roi lion, qui se déroulent en Afrique et ont amassé des millions de dollars de recettes (quelque 770 millions pour Le Roi lion, selon IMDB), l’autorisent à rester optimiste. En attendant, il faut gérer le quotidien.

Drogba en vedette

La promotion de Lions invincibles sera en partie assurée par la star ivoirienne du football Didier Drogba, séduit par le scénario de ce long-métrage d’animation dont il a présenté un teaser à Cannes lors du dernier festival. L’histoire se déroule dans une métropole africaine et met en scène le jeune Oman, féru de football, en quête de « l’esprit lion », qui devra affronter les zamzamballeurs, ennemis du fair-play.

Pierre Sauvalle considère Lions invincibles comme son plus grand projet personnel et professionnel. Il y travaille depuis 2005. D’un coût estimé à 4 millions d’euros, il est coproduit par Quest Media (France) et devrait être terminé courant 2012. Sauvalle travaille en outre sur De Tito à Drogba, une bande dessinée racontant l’histoire de l’avant-centre ivoirien. Elle sera lancée dans son pays à la fin de l’année, indique le coproducteur Gabin Bao, également ivoirien (directeur de Made in Prod), soulignant qu’il a fallu deux ans pour convaincre Drogba de soutenir cette initiative. Trois volumes au moins sont prévus.
 

Pixar peut trembler, les créatures de Pictoon débarquent.

Finances. Pictoon emploie de façon permanente dix agents chargés du développement et jusqu’à dix fois plus quand il y a des projets importants, comme en ce moment. Il s’agit essentiellement de dessinateurs. Les tarifs par feuillet sont inférieurs à ceux du marché international (30 à 100 euros minimum), mais pour l’entreprise, soumise à des tensions financières, il n’est pas toujours facile de joindre les deux bouts. « Pour assumer nos charges, nous sommes obligés de nous détourner de notre vocation en réalisant des spots publicitaires », explique Sauvalle, qui reste muet sur le chiffre d’affaires de Pictoon et déplore le manque d’intérêt des États africains pour l’animation. « Aux États-Unis, le dessin animé constitue 25 % de l’industrie de la production audiovisuelle, qui rapporte chaque année des milliards de dollars. » Selon lui, au-delà des valeurs universelles pouvant être véhiculées par des histoires africaines anciennes et contemporaines « qui regorgent de modèles immortels », le dessin animé présente un intérêt économique : il permet de créer des emplois et de générer des recettes. Sur ce dernier point, il faudra faire preuve de patience… Mais en l’absence d’écoles spécialisées dans ce domaine, Pierre Sauvalle peut être fier d’avoir formé une centaine de jeunes aux métiers de l’animation.

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