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Infernales agences de notation

À elles seules, Standard & Poor’s, Fitch et Moody’s monopolisent 94 % du marché mondial de la notation. Mais leur rôle est de plus en plus contesté.

Mis à jour le 27 juillet 2011 à 18:13

Impossible de se passer des agences de notation ! Elles informent les investisseurs de l’état de santé de leurs débiteurs en passant au crible les entreprises, les États ou les organisations internationales qui empruntent des fonds sur le marché. Mais les emprunteurs, aussi, ont besoin d’elles : en leur accordant la meilleure note (AAA), elles leur permettent d’obtenir des crédits moins chers.

Irresponsables ?

Pourtant, Standard & Poor’s, Fitch et Moody’s, les trois grandes agences qui assurent à elles seules 94 % du chiffre d’affaires mondial de la notation, font des dégâts. En dégradant à CCC (investissement risqué) la note de la Grèce, elles ont rendu plus difficile le redressement de ce pays en grande difficulté, puisque les investisseurs lui ont refusé l’argent dont il avait le plus urgent besoin. Les normes des agences étant acceptées par le monde entier, les banques ne peuvent plus détenir certains actifs qualifiés de « risqués ».

Il leur arrive néanmoins de se tromper. Elles ont par exemple été incapables de prédire le scandale d’Enron (2001) ou la crise des subprimes (2008). Alors, pour ne pas être prises une nouvelle fois en défaut, elles ont tendance à surréagir et à semer la panique sur les marchés. Ce qui leur vaut les réprimandes d’Angela Merkel ou de Nicolas Sarkozy. Et les critiques des experts, qui les qualifient d’« irresponsables ».

Comment réduire leur rôle à celui de simples informateurs concernant la santé des États ? La chancelière allemande a évoqué la possibilité de créer une agence européenne, mais celle-ci pourrait être jugée trop dépendante des États et aussi peu crédible que l’agence de notation chinoise.

Le Cercle des économistes français propose que le FMI crée une agence mondiale, qui bénéficierait des services de la puissante division des études du Fonds, laquelle analyse chaque année les économies de ses 187 États membres. Christine Lagarde, qui qualifiait les agences de « pousse-au-crime » quand elle présidait aux finances de la France, ne devrait rien trouver à y redire maintenant qu’elle est à la tête du FMI…