Politique

Tunisie : Ali Seriati, l’homme qui en sait trop…

À l’ouverture de son procès, lequel a été à nouveau reporté mardi dernier, l’ex-chef de la garde présidentielle, Ali Seriati, a livré sa version du départ de la famille Ben Ali, le 14 janvier. Mais quelles étaient vraiment les intentions d’un homme soupçonné d’avoir voulu prendre la place de son mentor ? Retour sur un épisode crucial de la révolution tunisienne.

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Mis à jour le 3 août 2011 à 20:06

La version d’Ali Seriati sur le départ de Ben Ali s’oppose à celle de ce dernier. © Hichem

Il est l’homme clé de la fuite du clan Ben Ali hors de Tunisie. Le général Ali Seriati, 70 ans, est arrêté dans la soirée du 14 janvier, quelques minutes après avoir installé Zine el-Abidine Ben Ali et sa famille dans un avion présidentiel à destination de l’Arabie saoudite. L’ex-chef de la garde présidentielle, au parcours si similaire à celui de son maître – carrière militaire, direction de la sécurité militaire et direction de la Sûreté nationale comme Ben Ali –, est aujourd’hui accusé de complot contre la sûreté intérieure de l’État, d’actes d’agression et d’incitation à s’armer, à commettre des crimes et provoquer le désordre sur le territoire tunisien.

Mais le 26 juillet, il comparaissait au palais de justice de Tunis dans le cadre d’un procès marginal traitant de « l’affaire de l’aéroport » au cours duquel sont également jugés 22 proches du président déchu et de son épouse. Tous sont accusés de tentative de fuite et de diverses infractions douanières. Seriati, qui a laissé pousser sa barbe, se voit, lui, reproché d’avoir apporté une assistance à certains des accusés. Mais, en plein tribunal, l’intéressé a démenti.

Rien ne concorde

Cette « sortie » lui a même donné l’occasion de livrer sa version des circonstances du départ de Ben Ali, lors de ce fameux 14 janvier. « Le 12 janvier, déclare-t-il, j’ai réalisé que Ben Ali allait tomber et qu’il allait en résulter un vide institutionnel. » Puis il fait état d’un fait inédit : le « parachutage » de forces de la police et de la garde nationale sur l’aéroport de Tunis-Carthage. « Vers 15 heures, Ben Ali m’a appelé dans son bureau et m’a demandé de faire préparer l’avion présidentiel pour un décollage à 18 heures en vue de transporter sa famille en Arabie saoudite où elle [serait restée] le temps que la situation se calme, et m’a ordonné de les accompagner dans ce voyage. Mais, à l’aéroport, Ben Ali change d’avis et décide de les accompagner lui-même, puis de retourner à Tunis le lendemain. »

Or, cette version des faits ne correspond nullement à celle de Ben Ali qui, dans une déclaration du 20 juin diffusée en son nom par son avocat libanais Akram Azouri, soutient que son « départ » avait été « forcé » et réalisé « par traîtrise ». L’ex-président livre que Seriati l’aurait informé, le 14 janvier, d’un risque d’assassinat de la part d’un membre de la garde présidentielle. Le chef de cette dernière aurait également évoqué un pays hors de contrôle, des palais présidentiels – Carthage et Sidi Dhrif – encerclés, ainsi qu’un hélicoptère survolant la zone et deux frégates naviguant près de la côte. « Seriati m’a d’abord suggéré de laisser ma femme et mes enfants aller en Arabie saoudite le temps que le calme revienne, ajoute Ben Ali, puis il est revenu pour me demander d’accompagner moi-même ma famille à Djeddah pendant quelques heures, le temps de permettre aux services secrets de déjouer le complot et d’assurer la sécurité présidentielle. »

Ce sont donc ces deux versions antagonistes qui seront présentées devant le tribunal militaire qui, selon nos informations, aura à juger à partir de mi-août Ben Ali (par contumace) et Seriati. De curieuses retrouvailles, en quelque sorte, pour ces deux hommes aux destins si semblables.