Justice

Affaire DSK : stratégie judiciaire risquée pour Nafissatou Diallo

Nafissatou Diallo, encadrée de gardes du corps, le 27 juillet à Manhattan. © Louis Lanzano/AP/Sipa

La soudaine médiatisation de Nafissatou Diallo n’est pas sans ambiguïté. Favorise-t-elle la tenue d’un procès pénal contre Dominique Strauss-Kahn (DSK) ? Pas forcément. Elle est en revanche fort utile dans la perspective du procès civil.

De l’ombre à la lumière violente des sunlights. À New York, les interviews accordées par Nafissatou Diallo à ABC et à Newsweek ont fait l’effet d’une bombe. Parce que les médias américains s’étaient jusqu’ici soigneusement abstenus de révéler le nom et, bien sûr, de publier la photo de la jeune Guinéenne. Et que c’est la première fois que la victime présumée d’un viol s’exprime ainsi publiquement. La stratégie mise au point par Kenneth Thompson, son avocat, est à haut risque.

Dans ces deux interviews (pour lesquelles elle n’a pas été rémunérée), Nafissatou donne en effet de sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn une version différente de celle exposée devant le procureur – incohérence que la défense devrait s’empresser d’exploiter. Elle affirme aujourd’hui s’être cachée dans le couloir après l’incident et avoir vu DSK sortir de la suite. Elle avait auparavant déclaré être restée dans la chambre et avoir vu ce même DSK se rhabiller.

Cette offensive médiatique trahit la crainte de l’accusation de voir abandonnées les charges retenues contre l’ancien patron du FMI. Beaucoup sont en effet convaincus que, depuis la révélation des mensonges à répétition de la femme de chambre, le procureur Cyrus Vance n’a plus d’autre choix. Thompson le sait et cherche sans doute à faire pression sur lui. Par sûr que Vance apprécie de se voir ainsi forcer la main. Il a d’ailleurs décidé de prendre son temps en repoussant au 23 août l’audience initialement prévue le 1er.

 Beaucoup à gagner

Thompson jure que cette soudaine médiatisation n’a d’autre fin que de laver l’honneur de sa cliente, traitée de prostituée par les tabloïds, mais tout le monde n’en est pas convaincu. Dans le New York Times, une ancienne magistrate estime au contraire que cette stratégie « réduit les chances qu’un procès pénal puisse se tenir ».

En revanche, Nafissatou Diallo vient de déposer plainte au civil contre DSK. Cela signifie qu’un procès aura bien lieu, même si l’accusé n’est pas tenu d’y assister. L’objectif est évidemment d’obtenir de substantiels dommages et intérêts. « Financièrement, un avocat a beaucoup à y gagner », estime la magistrate. Les jurés peuvent en effet n’avoir aucun scrupule à réclamer de l’argent, beaucoup d’argent, à un homme riche, plutôt que de l’expédier en prison.

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