Elections

Tunisie : les listes électorales et le parti de l’abstention

Manifestation à Tunis, le 6 mai 2011.

Manifestation à Tunis, le 6 mai 2011. © Fethi Belaid/AFP

Alors que le premier scrutin libre doit se tenir le 23 octobre, les Tunisiens ne se bousculent pas pour s’inscrire sur les listes électorales. Après la révolution, la désillusion ?

Si c’était un film, il pourrait s’intituler Cherche électeurs désespérément. Avec seulement 2,595 millions d’inscrits (à la date du 7 août) sur 7,9 millions d’électeurs potentiels, le désintérêt des Tunisiens pour leur premier scrutin libre – l’élection d’une Constituante, le 23 octobre – apparaît au grand jour. L’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) avait pourtant clairement affiché ses objectifs : « Se détacher des anciennes pratiques douteuses du ministère de l’Intérieur, tout remettre à plat et élaborer de nouvelles listes. »

Parmi les moins mobilisés, les jeunes et des fiefs de la révolte, comme Sidi Bouzid, ou Kasserine.

De crainte de voir la crédibilité du scrutin entachée par une forte abstention, l’Instance a commencé par proroger la date limite des inscriptions, initialement fixée au 2 août, au 14 du même mois. Avant d’annoncer le 6 août qu’il sera possible de voter sur simple présentation de la carte d’identité nationale. Pour Boubaker Ben Thabet, son secrétaire général, « cette faible participation est due à l’absence d’un certain sens des responsabilités, essentiel pour le processus démocratique ». Pour d’autres, elle est imputable à la méfiance qui s’est installée à l’égard du politique. S’y ajoutent des erreurs de communication.

Pour nombre de Tunisiens, en effet, l’enjeu de cette élection reste flou. « Beaucoup confondent inscription et vote. Ils ne veulent pas s’inscrire car ils croient qu’ils doivent choisir tout de suite un parti. Certains pensent même qu’il s’agit d’une élection présidentielle », analyse Noureddine, qui, à plus de 40 ans, fait partie des 55 % les plus volontaristes. Pourtant à l’origine de la révolution, les jeunes n’ont pas été vraiment séduits par les partis en lice et boudent les listes électorales.

Battage médiatique

Surtout, le scrutin apparaît parfois très éloigné des préoccupations quotidiennes. « M’inscrire à quoi ? Je ne voulais pas d’une révolution, mais des conditions de vie meilleures. Pourquoi irais-je voter pour ceux qui ne m’ont rien apporté ? » lance Hadda, une Tunisoise du quartier populaire de Hay Ettahrir, agacée par le battage médiatique fait autour des listes. Son impact dans les régions est encore plus limité : le 2 août, alors que seulement 27 % des électeurs potentiels étaient inscrits, ils n’étaient que 9 % dans le Sud, et 18 % à Sidi Bouzid et à Kasserine, berceaux de la contestation sociale de janvier.

« Le 23 octobre est bien loin. On risque de crever de misère, entre le ramadan, les réfugiés libyens et les grèves… On ne pense pas aux élections, mais à comment on va finir ce mois », souligne Ali, ambulancier à Thala (Ouest). Aziz Amami, un cyberdissident qui avait été arrêté début janvier, voit, lui, dans la Constituante « la solution pour en finir avec l’ancien système ».

L’inscription des électeurs est un premier test pour le processus démocratique ; mais il ne sera pas totalement significatif, puisque les Tunisiens peuvent aussi voter dans la localité où a été émise leur carte d’identité. À condition que celle-ci soit en cours de validité.

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