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2011, un ramadan sous le signe de la révolution

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Leur ramadan est le nôtre

Mis à jour le 21 août 2011 à 16:24
Fouad Laroui

Par Fouad Laroui

Ecrivain

Le Ramadan a commencé ici aussi, en Europe… en fait on devrait dire qu’un certain ramadan a commencé lundi 1er août, et qu’un autre a commencé le lendemain. Comme d’habitude, les différentes communautés n’ont pas pu se mettre d’accord sur le premier jour du mois sacré.

Bien sûr, il serait facile de déterminer scientifiquement le moment où le nouveau mois lunaire commence. Après tout, les mouvements de la Terre et de la Lune sont parfaitement connus, calculables à la seconde près. Sinon, jamais les Américains n’auraient été capables de mettre un homme sur la Lune il y a plus de quarante ans… Il suffirait de demander à la Nasa, ou à n’importe quel observatoire ou faculté des sciences, et on aurait la date exacte du début du mois lunaire. Au lieu de faire ça, on s’obstine à appliquer des méthodes moyenâgeuses qui reviennent, en gros, à ce qu’un gus perché sur une dune crie : « La voilà, j’l’ai vue ! », référence à la Lune, bien sûr, et qu’un conseil d’oulémas confirme solennellement la validité du cri poussé sur la dune.

C’est là qu’on voit la vraie raison de cet embrouillamini : il s’agit de disputer à la science ses prérogatives. En fait, c’est une querelle qui a commencé depuis les Grecs, a transité par les Arabes et s’est épanouie dans la scolastique chrétienne : quelles sont les parts respectives de la foi et de la raison ? Traduite en termes de pouvoir (c’est toujours de ça qu’il s’agit), la querelle oppose scientifiques et hiérarques de la religion.

En Europe, c’est encore plus compliqué. À ces bisbilles originelles s’en ajoute une autre, ou plutôt une multitude d’autres : entre les communautés, chacune persuadée qu’elle est la préférée de Dieu, chacune poussant jusqu’au délire le narcissisme des petites différences, et entre pays d’origine des immigrés, chacun exploitant la veine religieuse pour se faire mousser au détriment des voisins. Ce qui suppose que chacun surveille les autres au lieu de surveiller le gros caillou qui orbite au-dessus de nos têtes. Dès que les Saoudiens annoncent que Ramadan commence tel jour, les islamistes antiwahhabites prennent le contre-pied : c’est le lendemain ! Si un pays du Maghreb avance une date, un autre la conteste. Quand le sage montre la Lune du doigt, l’imbécile regarde son voisin…

Au fond, tout cela n’a pas beaucoup d’importance. Dans le grand dessein divin, il n’y a que les intentions qui comptent et on peut donc même jeûner l’avant-veille du lendemain du jour d’après le premier matin. Pour avoir dit cela pendant un débat à La Haye, un jeune un peu naïf s’est fait lyncher par les participants, toutes tendances réunies. Divisés sur les quartiers de la Lune, les fanas sont d’accord sur une chose : taper sur la voix de la raison.