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Cet article est issu du dossier «La nouvelle vie des riches»

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Politique

Côte d’Ivoire : profil bas pour les « barons »

Les barons de la filière café-caaco sont revenus en Côte d'ivoire, mais sur la pointe des pieds. © AFP

Les anciens barons de Côte d'Ivoire n'ont qu'un seul rêve : se faire oublier. Parce que l’argent n’aime plus le bruit...

« À compter de ce jour, tous les producteurs de café et de cacao sont derrière Alassane Ouattara », déclarait Georges Bléhoué Aka, le président du Conseil national des sages de la filière café-cacao, en sortant d’une audience avec le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, le 17 juin. Après avoir fui au Ghana, le planteur le plus riche du pays est donc revenu.

Excentricités

Autre fortune du cacao, Sansan Kouao, est, lui, toujours dans un village de l’ouest du Ghana. Début juin, il a fait allégeance à Ouattara mais demande, pour retourner sur ses terres, que les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) « libèrent auparavant sa maison » à Niablé (est du pays). Le vieux planteur était connu pour ses excentricités. En octobre 2009, il est arrivé au complexe sportif de Yopougon, lors d’une fête en l’honneur de Gbagbo, à la tête d’une forte délégation de planteurs arborant de longues chaînes en or massif et se faisant conduire dans des 4×4 flambant neufs. Gbagbo lui avait alors rendu un hommage public : « Regardez Sansan Kouao, il n’a pas le cepe [certificat d’études primaires et élémentaires, NDLR], mais il a plein d’argent. »

Jean-Claude Kouyo : "Moi, je loue des jets"

La mise de départ ? Dix années d’expérience de pilotage aux États-Unis et en France, 30 millions de F CFA (environ 46 000 euros) d’économies et une bonne dose d’optimisme. Quatre ans plus tard, le chiffre d’affaires de Corporate Elite Group, l’entreprise créée, à Abidjan, en 2006 par Jean-Claude Kouyo et dont il est le PDG, culmine à 3 milliards de F CFA. La marge bénéficiaire oscille entre 5%et 10%. L’entrepreneur ivoirien a donc gagné son pari : démontrer que la location de jets privés a un bel avenir en Afrique subsaharienne francophone. « Au Ghana ou au Nigeria, c’est entré dans les moeurs. Il y a huit heures de route entre Abuja [la capitale du Nigeria, NDLR] et Lagos, une heure trente seulement en avion. Mais chez nous, on pense encore que c’est une folie de riche… » Pour l’instant, l’essentiel de sa clientèle est composé de grosses entreprises ivoiriennes ou étrangères. Mais il ne désespère pas d’attirer quelques compatriotes nantis. Pour cela, il a fait l’acquisition du premier avion de sa flotte qu’il loue 1,5 million de F CFA l’heure de vol. À bord: neuf places en cabine luxe, avec champagne et petits fours servis par une ravissante hôtesse.

M.G.-B

Les autres anciens barons de la filière café-cacao, Henri Kassi Amouzou, Lucien Tapé Do, Angéline Kili, Placide Zoungrana… sont pour la plupart à Abidjan. Leur rêve : se faire oublier, en attendant la fin de leur procès, qui traîne depuis trois ans.

Les seigneurs des années Gbagbo se comptent aussi parmi ceux qu’on appelait les barons de la Refondation. En tête, Marcel Gossio. L’ex-directeur général du Port autonome d’Abidjan (PAA) s’est « mis à l’abri », selon sa propre expression, hors du pays. Il en est de même pour Paul-Antoine Bohoun Bouabré, l’ex-argentier de l’État. Bouabré avait construit une résidence au luxe insolent au milieu d’habitations en terre battue, à Nakia, son village natal, dans le centre-ouest du pays. Il vit désormais à Cotonou, au Bénin, où il s’était retiré avec sa famille, avant la chute de Gbagbo. Quant à Charles Kader Gooré, surnommé le golden boy de la Refondation, il a acquis deux résidences, l’une à Accra, l’autre à Lomé, et vit entre ces deux capitales, selon ses envies.

Sans être un refondateur, l’homme d’affaires Bernard Koné Dossongui, patron du Groupe Atlantique, s’était rallié à Gbagbo avant le premier tour. « S’il y a un épisode de sa vie qu’il voudrait effacer, c’est bien celui-là », confie l’un de ses proches. Koné est toujours entre deux avions. Et s’est rapproché de Ouattara. Quant à Victor Ekra, le riche homme d’affaires et ancien émissaire spécial de Gbagbo sur certains dossiers, il vaque à ses occupations à Abidjan tout en restant le plus discret possible. Sa nouvelle philosophie : l’argent n’aime pas le bruit. Une expression chère à l’ex-chef de l’État.

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