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Cet article est issu du dossier «Congo : poussée de croissance»

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Congo : au PCT, des cadres et une ligne rajeunis

Du 21 au 25 juillet, 1350 délégués se sont réunis à Brazzaville. © DR

Lors de son 6e congrès extraordinaire, le Parti congolais du travail a ouvert ses portes aux autres composantes de la majorité présidentielle et entamé une cure de jouvence. L’objectif : reprendre des forces avant les législatives de 2012.

Foulard rouge autour du cou. Insigne rouge sur la poitrine. Drapeaux rouges. Le tout frappé d’un marteau, d’une houe et de deux palmes, symboles du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir) : l’écarlate était de mise, du 21 au 25 juillet, dans la salle de conférences du Palais des congrès de Brazzaville, à l’occasion du sixième congrès extraordinaire du parti présidentiel.

Rouges aussi les invités spéciaux : les représentants du Parti du travail de Corée du Nord, du Parti communiste cubain, du Parti communiste chinois, du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), de la South West Africa People’s Organization (Swapo, parti namibien)… Aucun représentant d’un parti social-démocrate, comme si, à l’heure où il entame sa mue, le PCT était encore marqué par « la nostalgie des origines », pour reprendre l’expression de Charles Zacharie Bowao, ministre de la Défense.

Nouveaux arrivants

Les 1 350 délégués venus des douze départements du pays et de l’étranger ont claironné à l’envi, peut-être pour la dernière fois, le fameux : « Tout pour le peuple, rien que pour le peuple », devise de l’ex-parti unique, qui aurait dû être abandonnée depuis le renoncement au marxisme-léninisme… en décembre 1990. De quoi effrayer les ralliés de fraîche date. Mais la consigne du chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, reconduit à la présidence du comité central du parti, a été scrupuleusement respectée : ne pas aborder la question des symboles (armoiries, devise…). Donc, bien que ce sixième congrès ait été, selon sa dénomination officielle, celui de « l’ouverture », la formation conserve son nom, son logo et sa devise, vraisemblablement jusqu’au prochain congrès. Le choix de la social-démocratie n’a pas, lui non plus, été remis en question. Le changement est ailleurs.

La volonté d’ouverture et de rajeunissement de ses cadres affichée par le PCT n’est plus un vœu pieu. Elle s’est concrétisée. Dans un paysage politique où les différences idéologiques ne sont pas évidentes, les alliés du Rassemblement de la majorité présidentielle (RMP) ont accepté de se fondre corps et biens dans son moule. Un geste essentiel pour l’ancien parti unique, qui ne s’est pas encore totalement remis de son déclin, amorcé au début des années 1990 : il compte seulement 47 députés sur 137 à l’Assemblée nationale, même s’il pèse près des deux tiers des sièges avec ses alliés. De nouveaux arrivants ont été nommés au sein du comité central et dans d’autres instances du parti. Intronisés acteurs à part entière de la majorité présidentielle, ils peuvent permettre au PCT de devenir, comme il l’escompte, une grande machine électorale.

Les nouvelles adhésions s’étendent à des associations, des intellectuels, des personnalités de la société civile. C’est le cas de l’égyptologue Théophile Obenga. Même des dissidents, comme Grégoire Lefouoba et Camille Bongou, sont revenus au bercail. Selon un responsable de l’ancienne direction intérimaire du PCT, tout va dans le sens de la revitalisation de l’ex-parti marxiste-léniniste.

« Mais cela ne veut pas dire que tout sera rose, s’empresse-t-il d’ajouter. Il y aura certainement des problèmes de cohabitation entre les anciens du parti et les nouveaux arrivants, entre les anciens et leurs camarades qui reviennent. » La route sera longue pour atteindre la cohésion entre les différentes composantes. Charles Zacharie Bowao, refondateur et membre influent du PCT, estime que « la large ouverture veut dire ne plus rechercher l’avenir dans le passé ». Pour lui, il faut « des esprits ouverts, novateurs, qui comprennent les enjeux de demain, une harmonie entre les générations, un brassage des âges et des expériences afin de débattre sans a priori. Il faut surtout faire le deuil du passé révolutionnaire ».

La devise date encore de l’ère marxiste-léniniste, révolue depuis… 1990.

D’où la question de savoir si, en fin de compte, des courants tout à fait officiels vont, ou non, se créer au sein de ce nouvel ensemble, à la place des chapelles officieuses, souvent à connotation tribale ou clanique. « C’est une évidence, une exigence, répond un membre de l’ancienne direction intérimaire. Sinon, ce sera encore le règne du centralisme démocratique. »

Rupture en douceur

L’ouverture aux femmes s’est faite, mais elle reste largement insuffisante. Même si ces dames sont présentes au comité central et au bureau politique, elles ne constituent pas une vraie force. Ce qui conforte l’idée selon laquelle le monde politique congolais est encore profondément machiste. Ainsi, sur les douze membres du secrétariat permanent, on trouve seulement trois femmes.

On attendait par ailleurs une entrée fracassante de trentenaires, quadragénaires et quinquagénaires. Ils sont bien là, même si la rupture avec le passé se fait en douceur. S’il y a certainement eu le souci de préparer une sortie honorable aux caciques présents depuis la fondation du PCT, force est de constater qu’au sein du secrétariat permanent seul Michel Ngakala, chargé de l’organisation de la vie du parti, a survécu à la rénovation.

Repères

Fondé en 1969 par Marien Ngouabi, le PCT, parti unique jusqu’en 1990, compte 47 députés sur 137 à l’Assemblée nationale. Son précédent congrès extraordinaire date d’octobre 2006.

Il a en outre fallu beaucoup de subtilité pour caser les nouveaux venus sans avoir l’air de bousculer les « vieux », notamment en dégraissant le comité central, dont la composition a été ramenée de plus de 500 à 471 membres. Mais pour atteindre ses objectifs électoraux, le PCT est condamné à sortir de la culture du statu quo et de la peur de trancher.

Le nouveau secrétaire général, Pierre Ngolo  –, qui, pour la première fois dans l’histoire du PCT, se voit attribuer un adjoint, André Massamba –, n’a d’autre choix que de mettre les bouchées doubles : le renouvellement d’une partie du Sénat est prévu en octobre prochain. « Plus tôt les changements se feront, plus nous aurons de chances de gagner les élections, commente l’un de ses camarades. Il faut commencer par la doctrine et la remise en question des anciens symboles. »

Opposition atone

En face, les opposants, rassemblés au sein du Front des partis de l’opposition congolaise (FPOC), ne semblent pas encore en mesure de provoquer l’alternance. Apparemment sans moyens, ils ont du mal à convaincre. À l’approche des législatives de 2012, où ils ont décidé de présenter un front uni, ils réclament sans cesse au gouvernement l’arrêt du recensement administratif, l’organisation d’une concertation en vue de créer les conditions d’un scrutin crédible, ainsi que la mise en place d’une commission indépendante et paritaire chargée d’organiser les élections. Ils se plaignent par ailleurs de n’avoir pas accès aux médias officiels pour faire entendre leurs voix.

Autant de revendications qui n’ont pour l’heure obtenu aucun écho de la part du pouvoir. C’est dans ce contexte que le principal parti de l’opposition, l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads) – qui compte seulement 11 députés à l’Assemblée nationale –, montre une fois de plus au grand jour ses profondes divisions internes, après avoir annoncé la tenue prochaine d’un « congrès unitaire ». Ces dissensions ne manqueront pas de profiter au PCT, qui s’en réjouit déjà.

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