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Cet article est issu du dossier «Kaddafi : la traque»

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Politique

Libye : débandade générale chez les pro-Kadhafi

En Libye, il ne reste plus grand monde pour soutenir Mouammar Kaddafi. © Reuters

Depuis des mois en Libye, les défections se multipliaient dans l’entourage de Mouammar Kadhafi. Aujourd’hui, c’est la débandade générale.

Avant de se terrer, Mouammar Kadhafi a réussi à faire le vide autour de lui. Qui aurait pu imaginer que l’un de ses propres cousins, membre, comme lui, de la tribu des Gueddafa, ouvrirait les portes de Tripoli aux révolutionnaires ? Ou que celui qui fut son plus proche compagnon lorsqu’il s’empara du pouvoir en Libye, en 1969 se rallierait aux rebelles la veille de la prise de la capitale ?

Le cousin est le général Mohamed Barrani Ichkal. Commandant de la brigade Omar el-Megarief, il était censé garder les portes de Tripoli. Or, c’est justement par ces portes que se sont infiltrés, le 21 août, les hommes d’Abdelhakim Belhaj, qui se sont rendus maîtres du complexe résidentiel de Bab el-Azizia deux jours plus tard. Ichkal, qui n’avait pas autorité sur les autres brigades loyalistes de la ville, avait secrètement promis aux rebelles, deux mois plus tôt, que ses troupes ne leur opposeraient pas de résistance le jour J.

Pourtant, la famille Ichkal a été l’un des piliers du système Kadhafi ; y compris le cousin Hassan, assassiné sur ordre du « Guide » en 1985 parce qu’il avait osé émettre des réserves sur la guerre avec le Tchad.

Exfiltré

Le plus proche compagnon de l’épopée de 1969 est Abdelssalam Jalloud. Ancien numéro deux du régime, il avait été, en 1975, l’artisan du triumvirat de sa tribu avec celle des Gueddafa et des Warfala. En disgrâce depuis vingt ans, il est sorti de son silence pour se rallier aux rebelles dès leur entrée à Tripoli, lançant un appel aux tribus – dont la sienne – pour qu’elles se soulèvent dans tout le pays. Le 19 août, les rebelles l’ont exfiltré de la capitale pour le conduire jusqu’au Djebel Nefoussa (Nord-Ouest), où il a franchi la frontière tunisienne avant de s’envoler pour Rome puis Doha.

En novembre dernier, Seif el-Islam Kadhafi avait pourtant proposé que son père rappelle Jalloud à ses côtés et le nomme Premier ministre. L’intéressé avait décliné l’offre, affirmant qu’il se considérait comme un opposant depuis deux décennies.

Position ambiguë

Deux autres hommes clés de l’ère Kadhafi ont eux aussi pris leurs distances avec leur ancien mentor : les généraux Mohamed Hamali el-Kahsi et Ahmed Kaddaf Eddam.

Numéro deux des services de sécurité dirigés par Abdallah Senoussi, Kahsi a fait allégeance au Conseil national de transition (CNT) après la prise de Tripoli, où il était en fonction depuis 1989. « Kadhafi est fini. Le système est fini », a-t-il déclaré, enjoignant à ses collègues, les tribus non encore ralliées au CNT et les brigades de Kadhafi, de rejoindre les rangs de la révolution. Installé au Caire depuis février, Ahmed Kaddaf Eddam, dont la position à l’égard de son cousin Kadhafi paraissait ambiguë, a lui aussi franchi le pas. « J’appelle les tribus et les brigades qui ne l’ont pas encore fait à négocier avec le CNT pour éviter un bain de sang », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée.

Quant au dernier gouvernement de Kadhafi, il a fondu comme neige au soleil. Les premiers transfuges ont été Mustapha Abdeljalil (ministre de la Justice) et le général Abdelfattah Younès (ministre de l’Intérieur, assassiné le 28 juillet dans des conditions mystérieuses), tous deux fondateurs du CNT. Moussa Koussa (Affaires étrangères) et Chokri Ghanem (Pétrole) leur ont emboîté le pas. La veille de la prise de Tripoli, Al-Baghdadi Ali al-Mahmoudi, le Premier ministre, a pris la fuite en compagnie de Mansour Ibrahim, un autre fidèle du régime. Le 25 août, on était sans nouvelles d’eux. Une semaine auparavant, Nasser el-Mabrouk Abdallah, qui avait remplacé Younès à l’Intérieur, est monté avec sa famille dans un jet privé à destination du Caire où, dit-il, il fait du « tourisme ». Une semaine avant la chute de Tripoli, Béchir Saleh, l’ancien secrétaire particulier de Kadhafi, se trouvait en Tunisie où il a rencontré l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin. On ignore si le grand argentier de Kadhafi, qui dirige un fonds pour l’Afrique, a fait défection depuis.

Carnage évité

Ahmed Houej, le ministre de l’Économie, a pris ses distances. Abdelati Labidi, le successeur de Koussa aux Affaires étrangères, est resté dans sa résidence à Tripoli. « Le régime Kadhafi est fini, dit-il. Si j’étais à sa place, je quitterais le pouvoir. » Mohamed Hijazi, le ministre de la Santé, s’est rallié à la rébellion, affirmant qu’il en avait informé le CNT il y a un mois mais qu’il ne pouvait l’annoncer publiquement plus tôt pour des raisons de sécurité. Le colonel-major Abderrazak Rajhi, enfin, a évité un carnage. Kadhafi, qui rendait le Qatar responsable de tous ses malheurs, l’avait chargé de faire exploser l’ambassade de ce pays à Tunis. Arrivé en Tunisie à la mi-août avec sa famille et 16 kg d’explosifs, Rajhi a aussitôt informé les autorités militaires tunisiennes de ce projet d’attentat. Tout avait été prévu, dit-il, pour faire croire à l’opinion internationale qu’il était l’œuvre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique.

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