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France : le PS en mode primaire

Lors de l'université du Parti Socialiste, à La Rochelle, le 28 août.

Lors de l'université du Parti Socialiste, à La Rochelle, le 28 août. © AFP

Officiellement, ils sont unis comme les doigts de la main. Dans les faits, les hostilités sont déclarées entre les six candidats à l’investiture socialiste pour la présidentielle de 2012. Surtout, bien sûr, entre les deux favoris : François Hollande et Martine Aubry.

Manuel, Ségolène, Martine, François, Jean-Michel et Arnaud. Sur la photo de clôture de l’université d’été du Parti socialiste (PS), à La Rochelle le 28 août, ils étaient main dans la main. Les six candidats à la primaire pour la présidentielle de 2012 ont voulu témoigner que leurs joutes ne briseraient pas l’harmonie dans leurs rangs. Parce que c’est la condition pour pouvoir l’emporter sur Nicolas Sarkozy.

Tous unis, donc, pour convaincre le plus grand nombre possible de Français de voter aux côtés des adhérents socialistes, les 9 et 16 octobre, lors des deux tours de la primaire. En 2006, lors de la précédente consultation, réservée aux adhérents, 250 000 votants avaient été recensés. Ils rêvent de multiplier ce score par deux, trois ou même quatre. Pourquoi pas 1 million de votants ? Président de la Haute Autorité de la primaire, l’avocat Jean-Pierre Mignard a douché cet enthousiasme en demandant que les candidats « n’oublient pas d’expliquer ce qu’est cette primaire » s’ils veulent que les Français se déplacent pour voter…

Rien n’est joué

Les sondages volent bas. À en croire celui que l’Ifop a réalisé du 23 au 26 août, selon la méthode des quotas, auprès de 854 sympathisants de gauche pour Le Journal du dimanche, deux candidats se détachent : François Hollande (41 % des intentions de vote) et Martine Aubry (31 %). Ségolène Royal, la candidate de 2007, est distancée (13 %), mais pas autant que Manuel Valls (6 %), Arnaud Montebourg (5 %) et Jean-Michel Baylet, du Parti radical de gauche (1 %).

Le duel Hollande-Aubry semble inévitable. Sauf que personne ne croit à des sondages qui se fondent sur les 10 % d’électeurs qui se déclarent sûrs d’aller voter. Autrement dit, rien n’est joué, comme le claironne Royal, qui, avec son inoxydable assurance, annonce : « Cette fois, le PS sera derrière moi. »

En fait, il y a deux façons d’évaluer la situation dans le camp socialiste. La première, très en vogue à droite, consiste à mettre l’accent sur les deux boulets judiciaires qui plombent le PS. Même si l’affaire Strauss-Kahn s’est terminée en queue de poisson devant la justice pénale new-yorkaise, la plainte au civil de Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel, et celle de Tristane Banon au pénal, en France, l’une et l’autre pour agression sexuelle, sont un rappel permanent des comportements « inappropriés » (dixit son avocat) de l’ancien candidat virtuel à la présidence.

Même s’il présente ses excuses à ses camarades, voire aux Français, après son retour des États-Unis (annoncé pour le 4 septembre), DSK et les millions de dollars mobilisés pour sa défense peuvent encore servir de cibles à l’adversaire. Martine Aubry, qui avait pleuré à l’annonce de son arrestation, le 14 mai, prend désormais ses distances : « Je pense la même chose que beaucoup de femmes sur son attitude vis-à-vis des femmes. »

La seconde affaire, c’est la possible mise en examen du sénateur Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône et vrai patron du parti à Marseille. Motif ? « Prise illégale d’intérêts, trafic d’influence et association de malfaiteurs ». La justice le soupçonne d’avoir toléré les immixtions de son frère Alexandre, à des fins clientélistes, dans le règlement d’affaires relevant du conseil général.

Le contre-feu a été allumé par Harlem Désir, le premier secrétaire du PS par intérim : « Si Guérini était mis en cause pour des faits de la gravité de ceux qui sont évoqués, je lui demanderais immédiatement de se mettre en retrait de sa fonction de président du conseil général et de ses responsabilités au sein du Parti socialiste. » Guérini a répliqué qu’il n’accepterait pas d’être « un bouc émissaire ».

Hallande: "Balladur de gauche" ?

Autre handicap du PS : son refus d’inscrire dans la Constitution une « règle d’or » imposant de voter le budget de l’État en équilibre. Les socialistes ont beau dénoncer le culot de Sarkozy, qui a accru les déficits par ses cadeaux fiscaux aux plus fortunés ou aux restaurateurs, les Français ne les suivent pas. À 78 % (sondage CSA du 25 août), ces derniers sont partisans de l’instauration de cette règle de saine gestion. Le candidat du PS risque donc d’apparaître à une majorité d’électeurs comme irresponsable. À la grande satisfaction du président.

Mais il y a une autre façon d’évaluer le rapport des forces. Finalement, les Français se fichent que Sarkozy ait gagné la guerre en Libye, mais ils s’énervent de la montée du chômage (plus de 9 % de la population active) et acceptent difficilement que le budget 2012 leur impose des mesures d’austérité pour préserver le triple A que les agences de notation attribuent à la France.

La situation est favorable pour Hollande. Campant l’homme d’État qui entend gérer le plus doucement possible l’inévitable cure d’austérité qui se profile à l’horizon, il ne veut pas trop en dire pour l’instant : il réserve ses attaques et ses propositions pour l’affrontement avec le président Sarkozy, lorsqu’il aura remporté la primaire. Cette prudence lui vaut le surnom de « Balladur de gauche » de la part du camp Aubry, qui tente ainsi de le déporter vers la droite. Le député de la Corrèze n’en persiste pas moins dans deux thèmes arides, mais qui lui tiennent à cœur : l’éducation et la justice fiscale.

Moquée pour son « retard à l’allumage », Aubry s’est réveillée pour attaquer la majorité sur son terrain de prédilection : la sécurité. À Marseille, le 29 août, elle a contré Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, venu installer un nouveau préfet pour enrayer la montée de la délinquance. Elle a promis 10 000 emplois de policiers et de gendarmes. « Cela coûtera 350 millions d’euros, le tiers de ce qu’a finalement coûté la réforme de l’impôt sur la fortune », a-t-elle persiflé. On l’aura compris : le PS est enfin en campagne. 

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