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Cet article est issu du dossier «Rwanda : il a tout d'un grand»

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Rwanda : l’invention d’un modèle d’avenir

Kigali s'est dotée d'un plan directeur d'aménagement courant jusqu'en 2050. © Antonin Borgeaud pour J.A.

Objet de curiosité et d’analyse pour les économistes et sociologues, dix-sept ans après le génocide, le Rwanda étonne par ses performances. Il invente un modèle.

On ne peut qu’être séduit par ses reliefs verdoyants, plongeant dans le majestueux lac Kivu, et sa petite capitale (1 million d’habitants tout de même) propre et ordonnée, enveloppée dans une chaleur agréable. Mais la véritable beauté du Rwanda est ailleurs. Elle se trouve dans les bras des paysans qui cultivent leurs terrasses à flanc de colline, dans les jambes des femmes qui arpentent, balai à la main, les trottoirs de Kigali au petit matin, dans le sourire des expatriés croisés à l’aéroport, qui reviennent pour de bon… Sa richesse réside dans la détermination inébranlable de l’ensemble des Rwandais. Alors qu’au sortir du génocide, il y a dix-sept ans, le pays, foudroyé, inspirait compassion et pitié, il force désormais l’admiration de la communauté internationale.

Adaptation, intégration

Portés par une croissance économique remarquable et une jeunesse avide d’apprendre et de s’ouvrir au monde, les Rwandais ont repris confiance en l’avenir. Ils adoptent massivement l’anglais, se mettent aux technologies de l’information et de la communication (TIC) et construisent à tour de bras.

Le pays fait preuve d’une singulière faculté d’adaptation et d’intégration, notamment, depuis 2004, au sein du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa), le plus grand bloc économique régional du continent, et, depuis 2007, de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC). Tout en continuant à accroître la productivité de son agriculture, activité qui représente 32 % de son PIB, le Rwanda développe son secteur tertiaire et se rêve désormais leader régional des services à haute valeur ajoutée (finance, TIC, commerce, transport aérien, loisirs, tourisme), tel un Singapour africain.

Parangon de rigueur

Dates clés

1er juillet 1962
Indépendance

5 juillet 1973
Putsh de Juvenal Habyarimana

6 avril 1994
Habyarimana meurt dans un attentat
Début du génocide, qui tuera plus de 10% de la population

17 juillet 1994
Victoire du Front patriotique rwandais,
qui proclame la fin de la guerre civile

17 avril 2000
Paul Kagamé est élu président par l’Assemblée nationale.
Il est réélu au suffrage universel direct le
25 août 2003 et le 9 août 2010

Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’engagement et la discipline de ses habitants. À Kigali, on porte le casque à moto, on met sa ceinture en voiture, on garde les rues propres et on se vante de dénoncer à des forces de l’ordre omniprésentes quiconque contreviendrait à ces règles communes. Appliquée à l’appareil d’État, cette rigueur fait merveille. La corruption est rare (le pays arrive huitième du continent et premier d’Afrique de l’Est dans le classement de Transparency International), chaque corps administratif doit mettre en œuvre des objectifs précis et est soumis à une évaluation des plus strictes.

Il faut au moins cela pour bien gérer l’impressionnant flux d’aides que reçoit le Rwanda, et qui représente près de 40 % de son budget. En dépit de sa volonté d’autonomie, Kigali ne peut pas s’en passer pour l’instant. Sans compter que sa stratégie de développement repose en grande partie sur sa capacité à attirer les investissements étrangers (lire pp. 80-81). L’image du pays est à cet égard un enjeu stratégique, notamment vis-à-vis des bailleurs. Selon la Banque mondiale, Kigali doit donc prendre en compte les critiques émises sur la limitation des libertés et de l’espace démocratique liée à l’application des lois contre l’idéologie du génocide. Le gouvernement reconnaît d’ailleurs qu’il est peut-être temps de les modifier.

En bref

Superficie : 26340 km²

Population : 10,7 millions d’habitants

Indice de développement humain (IDH) : 0,385 (152e rang sur 169 pays classés)

Attentes

Il est aussi des Rwandais qui attendent davantage d’efforts de leur gouvernement : les plus démunis. Le pays progresse dans la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement mais accuse des retards sur les plans de la réduction de la pauvreté et de la santé maternelle. Sa performance, mesurée par l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), a considérablement progressé grâce aux avancées en matière de santé (90 % des habitants sont couverts par une assurance maladie) et d’éducation (le taux de scolarisation au primaire dépasse 95 %). Et le rythme de croissance du PIB, supérieur à 7 % en moyenne entre 2006 et 2010, devrait, s’il est maintenu, permettre de réduire la pauvreté extrême de 20 % d’ici à 2015.

Mais les inégalités de revenus restent fortes. Elles sont susceptibles d’entraver les avancées et de raviver les tensions sociales. Le programme Vision 2020 ambitionne de porter le PIB par habitant à 900 dollars (620 euros) d’ici à dix ans, ce qui semble réaliste (il est passé de 220 dollars en 2000 à 540 dollars en 2010). Toutefois, dix ans après le lancement de ce plan, plus de la moitié de la population ne vit qu’avec 0,43 dollar par jour.

Des ombres au tableau rwandais qui ne doivent pas masquer l’essentiel. Après le cauchemar des années 1990, le pays a su se remettre sur pied en une décennie. Tant et si bien que, pour la prochaine, tous les rêves de grandeur lui sont permis.

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