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Rwanda : à l’école de la gagne

Mis à jour le 16 septembre 2011 à 19:57

L’Institut des sciences et technologies de Kigali forme des ingénieurs et des architectes. Ce fleuron du système universitaire rwandais attire bien au-delà des frontières.

Le sommet de la colline de Kiyovu, à Kigali, est une allégorie de l’évolution du Rwanda ces deux dernières décennies. Ce vaste espace dégagé, situé à proximité de la résidence présidentielle, était encore une caserne au milieu des années 1990. Aujourd’hui, les treillis ont laissé place aux tenues de footing des étudiants et aux uniformes des chrétiens évangéliques en route pour la chorale.

Du camp au campus

Hors quelques bâtiments vieillots, le lieu rappelle les campus des films américains : grandes pelouses, dortoirs, infirmerie, restaurant, accès à l’internet sans fil… Cela fait d’ailleurs bien longtemps que l’Institut des sciences et technologies de Kigali (Kist), qui occupe depuis 1997 ce village au cœur de la capitale, est passé à l’enseignement en anglais. Ces dernières années, le gouvernement n’a pas lésiné sur les moyens. L’Institut a pu investir dans de nouvelles infrastructures (comme le très high-tech bâtiment 4 et ses salles lumineuses équipées de microscopes dernier cri).

L’établissement a largement recruté au-delà des frontières : un quart des enseignants est étranger. Les nombreux étudiants sud-soudanais, burundais, et depuis peu, haïtiens achèvent de lui donner un esprit multiculturel et pionnier.

C’est ici que sont formés les architectes, les ingénieurs et techniciens en agronomie, génie civil, informatique, ou encore électronique, dont le pays a besoin pour développer son ambitieuse économie de la connaissance. « Au niveau national, le Rwanda manque de compétences, constate Paul Mugemangango, senior manager chez MTN Rwanda, le premier opérateur télécom du marché. Mais le Kist est une bonne école : nous recrutons des ingénieurs dans chacune de ses promotions. »

Prix fort

Les opportunités d’embauche à la sortie de l’Institut sont nettement plus nombreuses – et alléchantes – que dans les autres universités rwandaises. Des perspectives qui se paient au prix fort. Car pour accéder à cet établissement, il faudra dès la prochaine rentrée universitaire débourser 1,2 million de francs rwandais par an (1 370 euros environ), soit deux fois plus qu’en 2010, alors que les bourses mensuelles de 25 000 francs rwandais seront parallèlement supprimées. « Nous voulons amener progressivement chaque établissement à s’autofinancer, explique Emmanuel Kaviziya, conseiller du ministre de l’Éducation. Donc nous leur avons coupé une partie des fonds, ce qu’ils ont dû compenser.

Certains étudiants ont profité de la venue de Paul Kagamé, en avril dernier, pour s’en inquiéter. Si le président a assuré que les plus nécessiteux obtiendraient un soutien matériel, il a écarté la possibilité de revenir sur la décision de supprimer les bourses. « On peut vous aider à utiliser votre temps libre ou vos vacances pour travailler, a-t-il déclaré. Vous pouvez gagner votre argent plutôt que d’attendre de le recevoir. » L’armée est partie depuis bien longtemps, mais, au Kist, la discipline et l’effort continuent de régner.