Politique

Vérité et réconciliation : la Côte d’Ivoire peut-elle en finir avec la haine ?

Le président Ouattara a donné le coup d’envoi d’une Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation. Une équipe composée de onze joueurs qui devront mouiller leur maillot pour jeter les bases d’une paix durable.

Mis à jour le 16 septembre 2011 à 13:50

Guillaume Soro et Alassane Ouattara auront fort à faire pour se réconcilier avec le camp Gbagbo… © AFP

Pour son équipe nationale de la réconciliation, le président « sélectionneur » Alassane Ouattara a fait appel à une équipe de onze « joueurs » aux expériences variées et complémentaires. En tant que président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny fait office de capitaine. Les deux hommes se connaissent bien. Banny a succédé à Ouattara à la tête de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et a fait campagne pour lui au second tour de la présidentielle de novembre 2010, après la défaite au premier tour d’Henri Konan Bédié, candidat du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), auquel il appartient.

Parmi les dix autres « joueurs » sélectionnés, trois occupent la fonction de vice-­président : Sa Majesté Désiré Amon Tanoé, roi des N’Zima-Kotoko ; Cheikh Boikary Fofana, président du Conseil supérieur des imams (Cosim) ; et Mgr Paul-Siméon Ahouanan Djro, archevêque métropolitain de Bouaké. Ils représentent la chefferie traditionnelle – très influente dans le pays –, les musulmans et les chrétiens. Les cinq principales régions (Nord, Sud, Est, Ouest et Centre) sont respectivement représentées par Abdoulaye Koné, Marie-France Goffri, Françoise Kaudjhis-Offoumou, Zacharie Séry Bailly et Odette Kouamé N’Guessan ; les résidents africains en Côte d’Ivoire par la Malienne Djégué Kané Diallo ; et la diaspora ivoirienne par le célèbre footballeur Didier Drogba.

La leçon des échecs passés

La CDVR sera officiellement installée le 28 septembre à Yamoussoukro. Des présidents d’autres commissions de réconciliation en Afrique (RDC, Togo, Rwanda, etc.) sont attendus. La mission de la CDVR ? En finir avec la haine et les rancœurs.

Mission de ces personnalités de toutes les régions et religions du pays : en finir avec la haine.

Pour cela, elle doit tirer les conséquences de l’échec du Forum de réconciliation nationale de 2001, dont les recommandations avaient été partiellement ignorées par son initiateur, Laurent Gbagbo. Si son budget n’a pas encore été adopté, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a d’ores et déjà mis à la disposition de l’État ivoirien (qui mettra lui aussi la main à la poche) 2 milliards de F CFA (3 millions d’euros). Banny compte installer le siège de la CDVR à Abidjan, avec des antennes dans toutes les villes du pays. Lui et son équipe ont deux ans pour réussir. La balle est dans leur camp, mais aussi dans celui d’Alassane Ouattara, qui devra garantir la réelle indépendance de cette commission.