Politique

Scandale : Takieddine, ou la Françarabie

L’étau se resserre autour du milliardaire Ziad Takieddine : il vient d’être mis en examen pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux ».

Mis à jour le 26 septembre 2011 à 13:05

En mars 2011, Z. Takieddine est arrêté au retour de Tripoli avec 1,5 million d’euros en liquide. © AFP

« Je suis la solution pour permettre à la justice française de découvrir la vraie affaire [Karachi, NDLR]. J’espère que j’aurai droit à des excuses », déclarait Ziad Takieddine, le 30 mai 2010, au Journal du dimanche. Les révélations de Robert Bourgi avaient un précédent : s’adressant lui aussi à Laurent Valdiguié dans le JDD, Ziad Takieddine avait voulu, un an et demi avant, « laver l’affront » fait par l’équipe Chirac et Villepin. Celle-ci l’accusait alors d’avoir touché des rétrocommissions illégales dans les ventes de frégates à l’Arabie saoudite et de sous-marins au Pakistan, en 1994, pour financer la campagne présidentielle d’Édouard Balladur. Pour contre-attaquer, le Takieddine de 2010 se déclarait « prêt à aider la justice ». Aujourd’hui, celle-ci ne l’a pas oublié : les juges Van Ruymbeke et Le Loire l’ont mis en examen, le 14 septembre, pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux » dans le dossier des sous-marins de Karachi. Tous ses biens en France ont été saisis.

Intermédiaire

Franco-Libanais de 61 ans, Takieddine a commencé en développant la station de ski Isola 2000. Il y rencontre François Léotard. Devenu ministre de la Défense en 1993, ce dernier le présente à la famille balladurienne et à l’industrie opaque de l’armement. Il va y prospérer. Les contrats à Karachi et à Ryad se multiplient, mais, en 1995, l’élection de Jacques Chirac menace sa position. En 2003, il négocie la vente à l’Arabie saoudite du système français de surveillance Miksa, un contrat de 7 milliards d’euros. Chirac bloque la vente, soupçonnant un financement occulte des sarkozystes.

En 2004, l’embargo sur la Libye est levé. Il sert d’intermédiaire pour la vente de systèmes de cryptage de matériel de guerre, décroche des contrats pétroliers, œuvre pour la libération des infirmières bulgares en 2007. Le pays de Kadhafi devient son nouveau champ d’action. Un terrain dangereux. En mars 2011, il est Interpellé au Bourget au retour de Tripoli avec 1,5 million d’euros en liquide. Dernière affaire en date : Total a confirmé, le 19 août, lui avoir versé une commission de 6,9 millions d’euros en 2009 pour l’obtention d’un contrat gazier en Libye. Takieddine n’a pas fini « d’aider » la justice.