Justice

Égypte : où est passé Omar Souleimane ?

| Par Jeune Afrique
Lors des négociations avec les partis politiques, le 6 février, au Caire.

Lors des négociations avec les partis politiques, le 6 février, au Caire. © Asmaa Waguih/Reuters

Figure centrale du régime de Hosni Moubarak, l’ancien chef des services de renseignements égyptien – et ex-vice-président – a tout simplement disparu. À moins qu’il ne prépare son come-back…

« En ces circonstances difficiles que vit le pays, le président Mohamed Hosni Moubarak a décidé de démissionner du poste de président de la République et de céder la direction des affaires au Conseil suprême des forces armées. » C’est en ces termes qu’Omar Souleimane, alors vice-président, a annoncé le départ du chef de l’État, le 11 février. Mais depuis ce discours historique, l’ex-chef des renseignements égyptiens semble s’être volatilisé. « Il n’a plus de poste officiel, sa carrière est dans une impasse, il est donc normal pour lui de se placer en retrait de la scène politique pour réfléchir à son avenir politique et revoir sa stratégie », explique Ahmed Nagui Amha, chercheur au Centre d’études politiques et stratégiques Al-Ahram.

À la fin du ramadan, Omar Souleimane a discrètement élu domicile à Alexandrie, loin du tumulte et de l’agitation révolutionnaire cairotes. Sa dernière apparition publique date du 30 août, à l’occasion de la prière de l’Aïd, dans une mosquée de la cité méditerranéenne, où il a été accueilli par une foule de supporteurs en liesse. « Il fait partie des personnalités les plus importantes du paysage politique. Il est capable de rétablir la sécurité et la stabilité », explique Mohamed Mohamed Ahmed, porte-voix de l’une des nombreuses campagnes de soutien à l’ancien numéro deux du régime qui ont fait leur apparition sur la toile. Objectif : encourager Omar Souleimane à se présenter à la prochaine présidentielle. « Nous sommes sûrs à 90 % qu’il va se présenter », confie Mohamed, qui affirme être en contact avec l’un de ses proches et qui doit rencontrer prochainement celui qui a dirigé pendant vingt ans les renseignements égyptiens.

Enquêtes

Mais l’engouement qu’il suscite ne semble pas troubler la retraite d’Omar Souleimane. Le 7 juillet, il est sorti de son mutisme pour démentir les rumeurs insistantes annonçant sa candidature à la présidentielle. « Pendant des années, je n’ai pas ménagé ma peine pour servir l’Égypte et la protéger, parfois au péril de ma vie », explique-t-il dans une lettre adressée au quotidien gouvernemental Al-Ahram. À 76 ans, l’ancien vice-président, originaire de Qena, en Haute-Égypte, veut « se reposer et consacrer du temps à sa famille ».

Pas sûr cependant que les révolutionnaires le laissent en paix. Plusieurs activistes ont en effet porté plainte contre cet acteur incontournable des négociations israélo-palestiniennes. Une enquête pour corruption a été ouverte par le procureur général. Une autre essaie de déterminer le rôle de Souleimane dans la vente de gaz à Israël à un prix inférieur à celui du marché. Le plus grand secret entoure cependant tous ces dossiers.

Témoin clé

L’ex-patron des renseignements est également décrédibilisé par sa loyauté sans faille à l’égard de l’ancien président, qui n’a en retour jamais douté de lui. Et pour cause : en 1995, c’est sur l’insistance de Souleimane que la Mercedes présidentielle blindée qui sauva la vie à Moubarak, visé par des terroristes soudanais, fut acheminée à Addis-Abeba. Ce n’est donc pas un hasard si c’est lui que l’ex-raïs a choisi pour devenir son premier – et dernier – vice-président au moment où a éclaté la révolution, en janvier. Mais pour Ahmed Nagui Amha, « Souleimane n’a eu d’autre choix que d’accepter ce poste. Il s’est efforcé de réunir toutes les composantes de la société et les différentes forces politiques pour trouver une sortie de crise ». D’après le chercheur, le chef des renseignements « était impuissant face à l’entourage corrompu du chef de l’État », d’autant que la Constitution ne lui accordait alors aucune prérogative tant que le président était en place.

Toujours est-il que sa présence auprès de Moubarak pendant plus de vingt ans en fait l’un des témoins clés dans le procès de l’ancien chef de l’État, accusé de meurtre et de corruption. Le compte rendu de l’une de ses auditions révèle qu’il aurait assuré au procureur général que ni Moubarak ni son ministre de l’Intérieur n’avaient donné l’ordre de tirer sur la foule. Des propos contradictoires rapportés par un quotidien indépendant laissent cependant penser qu’il a mis en cause le président déchu. « Moubarak était au courant de chaque balle tirée sur les manifestants », aurait-il ainsi déclaré. Son témoignage devant le tribunal, le 13 septembre, a eu lieu à huis clos. Personne ne sait donc quel aura été son dernier mot. Une chose est sûre : comme en 1995, la vie de l’ex-dictateur est entre ses mains.

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