Politique

Mahmoud Abbas à l’ONU : des Israéliens pour et des Palestiniens contre l’État palestinien

Des sondages sur l’initiative de Mahmoud Abbas et la reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU avaient révélé des opinions plus nuancées qu’on ne l’aurait pensé. Et cela des deux côtés, israélien et palestinien.

Mis à jour le 5 octobre 2011 à 20:05

Une partie de la population palestinienne reste opposée à la création d’un État palestinien. © AFP

Tous les Palestiniens n’ont pas soutenu la démarche du président Mahmoud Abbas à l’ONU, et tous les Israéliens ne l’ont pas désapprouvée. Le 17 septembre, au check-point de Qalandiya, entre Ramallah et Jérusalem, des dizaines d’Israéliennes s’étaient jointes à une manifestation de Palestiniennes pour réclamer un État indépendant. Le 18 septembre, Ismaïl Haniyeh, chef du Hamas à Gaza, avait réaffirmé son « rejet de cette initiative ».

51% des Israéliens sont pour

Deux sondages récents avaient en effet fait apparaître des opinions plus nuancées qu’on ne l’aurait pensé. Selon une enquête publiée le 8 septembre par l’Institut israélien pour la démocratie, 43 % des Juifs d’Israël s’étaient dits opposés à la demande palestinienne, mais 51 % avaient estimé que leur État pouvait se permettre de voter en sa faveur. De l’autre côté du mur, une étude réalisée du 15 au 17 septembre par le Centre palestinien de recherche et d’analyse politique avait indiqué que 83 % des Palestiniens soutenaient la démarche de Mahmoud Abbas. Une très forte majorité, certes, mais pas la totalité.

Au lendemain du discours du président de l’Autorité palestinienne (AP) confirmant son intention, la déclaration de Haniyeh avait révélé la fracture persistante entre le Fatah (Cisjordanie) et le Hamas (Gaza), malgré la réconciliation esquissée en mai, au Caire. Dénonçant une initiative prise sans concertation, Haniyeh reprochait également au Fatah d’être prêt à « faire des concessions historiques sur le territoire palestinien ou les droits des Palestiniens, en particulier le droit au retour », allusion aux six millions d’exilés. Ces derniers ne voyaient pas non plus d’un bon œil la reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU, car elle aurait désolidarisé la question de leur retour d’un règlement global et aurait conduit à la dissolution de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui représente les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza comme ceux de l’étranger.

Les Arabes d’Israël étaient aussi assez tièdes, car ils craignent que les Israéliens ne profitent de l’existence d’un État pour durcir leurs conditions de vie, voire pour les forcer à migrer. Pour certains universitaires et intellectuels comme Jihane Sfeir, spécialiste de la question palestinienne, « il ne s’agit pas de construire un État avec les attributs de la souveraineté, mais plutôt un pouvoir d’État qui légitimerait une répression accrue ». Enfin, les plus radicaux rêvent toujours d’un État « du Jourdain à la Méditerranée » et refusent le découpage de 1967 sur lequel se fondait la demande d’Abbas.

Occasion historique

Malgré ces réelles oppositions, la grande majorité des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza était favorable à la démarche présidentielle et pouvait compter sur le soutien d’Israéliens qui ne partagent pas l’alarmisme de leur gouvernement. Pour nombre d’intellectuels et d’associations israéliennes, cette initiative constituait une chance historique de relancer les négociations. Le 14 septembre, le forum des ONG pour la paix entre Palestiniens et Israéliens, une coalition de plus de cent organisations, avait proposé « cinquante raisons pour un soutien israélien à un État palestinien ».

« En supposant que nous n’acceptions que cinq d’entre elles, n’est-ce pas suffisant ? » s’est interrogé Gideon Levy dans Haaretz. Un autre éditorialiste israélien, Ethan Bronner, a cité l’ex-ministre travailliste de la Défense Benyamin Ben Eliezer : « Si j’étais Netanyahou, je reconnaîtrais l’État palestinien, et nous en négocierions alors les frontières et la sécurité. » Dans l’opposition, Kadima est le seul parti important à condamner la diplomatie de Netanyahou, sans toutefois avoir soutenu l’initiative palestinienne : « Vous avez isolé Israël. Vous restez inerte alors que les Palestiniens mènent une campagne de “délégitimation” féroce », s’indignait la députée Dalia Itsik, le 15 septembre, à la Knesset.

« De toute façon, ça n’y changera rien » : l’argument est utilisé aussi bien par les adversaires que par nombre de partisans de la reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU. Une vision qui tranche avec le « tsunami diplomatique » prophétisé par le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, ou une troisième Intifada évoquée de Gaza à Ramallah.