Politique

Yémen : les ruses de guerre de Ali Abdallah Saleh

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Ali Abdallah Saleh est prêt à tout pour conserver le pouvoir.

Ali Abdallah Saleh est prêt à tout pour conserver le pouvoir. © AFP

Rentré au pays à l’insu des Américains et de ses hôtes saoudiens, le président yéménite Ali Abdallah Saleh continue de miser sur la stratégie du chaos.

« Jeunes frères, vous n’êtes que des victimes poussées par l’opposition à l’Holocauste. » C’est en ces termes que le président, Ali Abdallah Saleh, a harangué son peuple, le 25 septembre, à la télévision yéménite. « Boucher, nous ne baisserons pas les bras », lui ont répliqué, dès le lendemain, des dizaines de milliers de manifestants rassemblés sur la place du Changement, à Sanaa, épicentre de la contestation qui, depuis le 15 janvier, vise à mettre un terme à trente-trois ans d’un règne machiavélique et corrompu.

Grièvement blessé le 3 juin dans un attentat, Saleh était parti se faire soigner en Arabie saoudite, suscitant l’espoir de l’opposition. « Je reviendrai », avait-il promis. « Au défi, je répondrai par le défi », avait-il menacé. Il a, pour une fois, tenu parole : son retour surprise, le 23 septembre, a plongé ses opposants dans la consternation et les observateurs dans la stupéfaction. Selon un haut fonctionnaire américain cité par le Financial Times du 27 septembre, il n’a informé de son départ ni ses hôtes saoudiens ni ses alliés américains. Saleh aurait « détalé du royaume [saoudien] en prétendant aller faire tout autre chose à l’aéroport ». Le maître des ruses aurait-il réussi à berner l’Amérique ? Car Washington et Riyad ne semblaient pas disposés à le laisser filer avant qu’il ait signé l’initiative proposée par le Conseil de coopération du Golfe (CCG) pour mettre fin à la crise politique. Trois fois, ce roi de la volte-face avait annoncé qu’il s’y soumettrait et, au dernier moment, s’était défilé.

Contestation et guerre civile

Déjà en proie à une insurrection chiite dans le Nord, aux velléités sécessionnistes du Sud et à la menace omniprésente d’Al-Qaïda, le Yémen disputait à l’Irak la place d’État le plus défaillant de la région avant le soulèvement populaire. En huit mois, celui-ci a fait des centaines de morts et plongé un État déjà très pauvre dans un marasme économique inquiétant. Voyant là l’occasion de s’emparer d’un pouvoir qu’ils convoitent de longue date (comme l’a révélé un câble américain d’août 2009 diffusé par WikiLeaks), les frères Hamid et Sadek al-Ahmar, chefs de la puissante confédération tribale des Hached, et le général Ali Mohsen, qui dirige la première division blindée, ont retourné leurs armes contre les troupes fidèles au président, transformant la contestation pacifique en guerre civile.

La semaine précédant le retour de Saleh, de violents combats ont ainsi fait plus de 170 morts dans la capitale. Dans la nuit du 25 au 26 septembre, une caserne loyaliste était prise d’assaut. Le lendemain, le ministre de la Défense échappait de justesse à un attentat-suicide. Le 28 septembre, un avion de l’armée de l’air était abattu par des insurgés.

Impasse

« Pour sortir le pays de cette grave impasse, il faut que tout le monde se tourne vers le dialogue, la compréhension mutuelle, la transmission pacifique du pouvoir par les urnes et une élection présidentielle anticipée », a affirmé Saleh dans son allocution du 25 septembre. Se disant une nouvelle fois prêt à accepter l’initiative du CCG, il pose comme ­condition à sa signature la reddition des frères Ahmar et du général Mohsen, qu’il accuse de tirer sur les manifestants pour envenimer la situation. « Si nous transférons le pouvoir et qu’ils restent en place, cela mènera à la guerre civile », déclare-t-il, le 29 septembre, au Washington Post. S’obstinant à promouvoir la voie légale pour résoudre une crise politique exceptionnelle, Ali Abdallah Saleh ne propose en fait aucune solution pour sortir le Yémen de l’impasse et semble vouloir jusqu’au bout jouer sa carte préférée : la stratégie du chaos, par laquelle il est parvenu à se maintenir au pouvoir depuis 1978

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