Politique

Zambie : la revanche du cobra

Michael Sata (au centre) en campagne le 16 septembre. © Thomas Nsama/AFP

La quatrième tentative aura été la bonne. Après trois échecs successifs, Michael Sata a été élu, le 20 septembre, à la tête de la Zambie. Portrait d’un homme imprévisible mais populaire, grand défenseur de Robert Mugabe, dont les diatribes enflammées inquiètent les investisseurs.

Un caractère bien trempé, une langue acérée et un surnom, King Cobra (« le roi cobra »)… Le tout nouveau président zambien, Michael Sata, n’a pas peur de se faire des ennemis. Dernière victime en date : Rupiah Banda, candidat malheureux à sa propre succession à la tête du pays. « Il est l’ami des voleurs, avait vitupéré Michael Sata pendant la campagne, et les voleurs sont en liberté ! » Rien de moins. Comme le cobra, Sata aura prouvé en ce mois de septembre sa capacité à se faufiler jusqu’à sa cible.

À 74 ans, cet homme dont la carrière politique a débuté avant l’indépendance (1964) a appartenu à trois partis politiques différents, servi les deux premiers chefs d’État zambiens, combattu les deux suivants, et s’est présenté à trois présidentielles, avant de finalement l’emporter, lors de sa quatrième tentative.

C’était le 20 septembre. Aidé par la forte hausse des cours du cuivre, dont la Zambie est le premier producteur en Afrique, le président sortant avait pourtant propulsé le pays à 7,6 % de croissance en 2010. Sonné, Banda a rapidement reconnu la victoire de son adversaire, permettant au pays de connaître la deuxième alternance pacifique de son histoire, vingt ans après la défaite du père de l’indépendance, Kenneth Kaunda, face à Frederick Chiluba.

Je veux nettoyer mon pays plus profondément que j’ai nettoyé vos gares.

Curriculum Vitae

La biographie officielle de Michael Sata est avare de détails. Sur sa première vie, son parti, le Front patriotique (PF), indique seulement qu’il a fait ses classes dans l’administration coloniale de ce qui était encore la Rhodésie du Nord. Sata en sera « l’officier africain le plus haut gradé de la police », puis suivra « une formation de pilote en Russie ». Le PF ajoute tout de même une ligne à son CV, début 2010, lorsqu’une révision de la loi électorale oblige les candidats à la présidentielle à être titulaires d’un diplôme du supérieur : le jeune Michael Sata a étudié les sciences politiques à Londres. C’est aussi dans la capitale anglaise qu’il fut employé par le British Rail pour balayer les quais de la gare Victoria. « Je veux nettoyer mon pays plus profondément que j’ai nettoyé vos gares », lancera-t-il à un journaliste britannique, en 2008, alors qu’il se lance une nouvelle fois dans la course à la présidentielle.

Le détail de son entrée en politique est mieux connu. Sata gravit les échelons sous le régime de Kenneth Kaunda jusqu’à devenir gouverneur de la capitale, Lusaka, en 1985. Six ans plus tard, son mentor est contraint d’organiser les premières élections pluralistes, et Sata rejoint le Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD). Peut-être est-ce la rancœur qui, plus tard, fera dire à un Kaunda alors retraité : « Sata ne peut pas être un bon président parce qu’il n’en a pas du tout l’étoffe. »

En 1991, Kaunda perd donc la présidentielle face à Chiluba, dont Sata sera plusieurs fois ministre (des Gouvernements locaux, du Travail, de la Santé, et, pour finir, ministre sans portefeuille). Mais lorsqu’en 2001 Chiluba fait de Levy Mwanawasa son dauphin, Michael Sata voit rouge et crée son propre parti pour se présenter. Premier échec.

Les Chinois pris pour cible

Sata se retrouve dans l’opposition et se fait le champion du peuple. Ses partisans, parmi lesquels de nombreux jeunes sans emploi dans les villes et les régions minières, se montrent prêts à en découdre à chaque élection. Les entreprises chinoises, très présentes en Zambie, deviennent sa cible préférée. Pour Sata, les Chinois sont « des envahisseurs » et les Zambiens qui travaillent pour eux le font dans des conditions proches de « l’esclavage ». Au point que lorsqu’il se présente de nouveau à la présidentielle, en 2006, un responsable chinois fait savoir que Pékin est prêt à rompre les relations diplomatiques s’il devait l’emporter. Il n’en sera rien. Depuis, Sata a appris à lisser son propos. « Mes discours sur les Chinois sont là pour leur assurer un futur ici, affirme-t-il dans un entretien à The Africa Report, en avril dernier. Car s’ils traitent mal les gens, ils n’en auront aucun. »

Le tempérament volcanique de cet homme à la voix abîmée par des années de tabagisme intensif ne lui a pas valu que des amis. Prenant la défense de Mugabe, il a traité son opposant et Premier ministre, Morgan Tsvangirai, de marionnette « financée pour causer des problèmes au Zimbabwe ». Avec le président du Malawi, Bingu wa Mutharika, il est à couteaux tirés depuis qu’il a été arrêté et expulsé, en 2007, alors qu’il essayait de rencontrer son prédécesseur et opposant, Bakili Muluzi. À peine élu, le nouveau président zambien annonce qu’il boycottera le sommet du Marché commun d’Afrique orientale et australe (Comesa), qui doit se tenir à Lilongwe à la mi-octobre.

"Lunatique mais populaire"

L’autoritarisme dont il fait preuve au sein de son parti « est de mauvais augure pour un possible gouvernement sous sa direction », jugeait l’ambassadeur des États-Unis en 2009, selon un câble dévoilé par WikiLeaks. Dans une autre note, le même diplomate décrivait Sata comme un homme « lunatique mais populaire ».

Sata s’est donné quatre-vingt-dix jours pour changer la vie des Zambiens.

Pour le rester, l’imprévisible Sata a du travail tant sont grandes les attentes des Zambiens restés en marge de la croissance. Les investisseurs étrangers, eux, sont méfiants. Le jour de l’annonce de sa victoire, les actions des entreprises minières présentes dans le pays ont chuté, et le cours du kwacha (la monnaie locale) a atteint son plus bas niveau depuis plus d’un an face au dollar. Sûr de lui, Michael Sata s’est donné quatre-vingt-dix jours pour changer la vie des Zambiens. Il lui faudra plus que des déclarations mordantes pour y parvenir… À moins que, une fois de plus, il ne surgisse là où on ne l’attend pas. 

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