Politique

Israël : Shelly Yacimovitch, dame de fer et de coeur

L’élection d’une authentique candidate sociale-démocrate, Shelly Yacimovitch, à la tête du Parti travailliste pourrait rééquilibrer le paysage politique. Et préparer l’alternance.

Mis à jour le 21 octobre 2011 à 10:31

Shelly Yacimovitch a remporté la primaire du Parti travailliste israëlien. © Jack Guez/AFP

Une femme au verbe haut, dotée d’un sens aigu de la vertu et haïssant les riches. Telle est le profil de Shelly Yacimovitch, nouvelle figure de proue de la gauche israélienne et synonyme d’espoir pour une large frange de l’opinion. Le 21 septembre, cette ancienne journaliste de 51 ans, mère de deux enfants, remportait les primaires du Parti travailliste. Au second tour du scrutin, elle a obtenu 54 % des suffrages, contre 46 % pour l’ancien ministre de la Défense, Amir Peretz. Sa victoire est d’abord celle de la jeune génération du parti, qui prône un retour aux « racines sociales-démocrates ».

2013 en ligne de mire. Dès l’entame de sa carrière de députée, en 2006, Shelly Yacimovitch fait de la lutte contre les injustices sociales son unique leitmotiv. Ce thème a logiquement marqué sa campagne, rencontrant un large écho chez les « indignés », dont les revendications ont animé la vie politique du pays durant tout l’été. En première ligne sur le terrain, les étudiants ont vite rallié Yacimovitch, tout comme la puissante Histadroute, la principale centrale syndicale.

« Voilà une nouvelle opportunité pour redresser notre parti », déclarait la nouvelle chef de la gauche israélienne lors de son discours d’investiture, consciente qu’elle ne dispose que de peu de temps pour convertir son capital de sympathie en réservoir électoral. Alors que les prochaines législatives sont annoncées pour 2013, un récent sondage du quotidien Haaretz révèle que, sous l’impulsion de Yacimovitch, les travaillistes passeraient de huit à vingt-deux sièges à la Knesset. Un résultat qui permettrait au parti de reconstituer une force d’opposition crédible face au Likoud de Benyamin Netanyahou. « Nous avons l’intention de présenter une véritable alternative à la droite, car il n’y en a aucune à l’heure actuelle », estime Yacimovitch. Pour Kadima, la menace est d’autant plus sérieuse que la formation centriste dirigée par Tzipi Livni a beaucoup déçu dans son rôle d’outsider, même en mettant un point d’honneur à ne pas siéger dans l’actuel gouvernement.

Lucide. Première femme élue à la tête des travaillistes depuis Golda Meir en 1969, Yacimovitch assume volontiers l’héritage historique du mouvement. « Les socialistes ont bâti le pays, et il est grand temps de rebâtir l’État d’Israël », martèle-t-elle à chacune de ses interventions. Sauf que l’état d’émiettement du parti, miné par les divisions et les luttes d’ego, laisse nombre d’observateurs sceptiques sur sa capacité à ramener la gauche au pouvoir. Comme s’ils ne s’étaient toujours pas remis de l’assassinat d’Itzhak Rabin, les travaillistes peinent à retrouver un semblant d’équilibre. Après avoir vu se succéder à sa tête plus de sept leaders en dix ans, le mouvement a également connu deux schismes majeurs : le premier en 2006, lors de la création du parti Kadima par Ariel Sharon, conséquence du retrait israélien de Gaza ; le second en janvier dernier, à l’issue du départ précipité d’Ehoud Barak, décrié pour ses participations successives à des coalitions de droite et largement tenu pour responsable du déclin des travaillistes. Pour réunifier le parti, Shelly Yacimovitch devra user de sa réputation de « dame de fer ». Mais la route promet d’être longue et semée d’embûches. « Nous pouvons revenir au premier plan, mais pas tout de suite », prévient-elle, lucide.

Il demeure un point essentiel sur lequel la nouvelle patronne de la gauche israélienne devra rapidement clarifier ses intentions : les Palestiniens. Après avoir tenu des propos ambigus sur la colonisation, Yacimovitch cherchera à ressusciter l’illustre camp de la paix que son parti avait incarné durant les accords d’Oslo. Hasard du calendrier, sa prise de fonctions avait coïncidé avec la demande d’adhésion de l’État palestinien à l’ONU. Elle avait appelé le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, à le reconnaître aux côtés d’Israël.