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« La belle amour humaine » de Lyonel Trouillot, roman altruiste

Le roman de l'Haïtien fait partie de la deuxième sélection du prix Goncourt.

Le roman de l'Haïtien fait partie de la deuxième sélection du prix Goncourt. © Vincent Fournier pour J.A.

Excellent conteur, l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot exalte le respect d’autrui dans son nouveau roman, « La Belle Amour humaine ».

Anse-à-Fôleur, un petit village de pêcheurs sur la côte haïtienne. Sur ce bout de terre règnent deux personnages aux caractères bien différents mais aux intérêts convergents. Le premier est le colonel à la retraite Pierre André Pierre, « ancien commandant de troupes, ancien chef de la police politique, ancien instructeur de l’académie militaire ». Le second, c’est l’homme d’affaires Robert Montès, qui, entre autres activités, dirige sa propre agence de voyages, mais se trouve surtout être l’« actionnaire principal de trois ou quatre entreprises de taille moyenne qui servent de couverture à la contrebande de produits alimentaires ». Champions de l’accumulation au milieu d’une mer de dénuement, ces hommes de pouvoir, liés par la turpitude, narguent leur monde en construisant au village deux maisons voisines et identiques, les Belles Jumelles. Une nuit, au cours d’un incendie, les villas et leurs propriétaires sont réduits en cendres. Sur ces entrefaites, la petite-fille de l’homme d’affaires, Anaïse, débarque à Anse-à-Fôleur pour y chercher son père, disparu au lendemain de l’incendie

Le verbe

La Belle Amour humaine ressemble aux précédents romans de l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot : un long monologue contrebalancé sur la fin par une voix différente ; une écriture compacte, sans dialogues, portée par la puissance de l’évocation et le souffle exalté du narrateur.

Le conteur, ici, c’est Thomas, guide de son état, peintre clandestin à ses heures, qui accueille Anaïse, l’étrangère, et l’entraîne dans le tourbillon de la vie haïtienne, où le verbe a conservé toute son importance. Les mots coulent, flot incessant, pour dire la réalité de cette terre où, « si au réveil on ne s’est pas préparé à partir au combat, on n’a pas la vie devant soi », cette île où « le pain, ça se chasse comme le gibier, et, vu qu’il n’y en a pas pour tout le monde, le bruit a remplacé l’espoir ». Raison pour laquelle les Pierre André Pierre et autres Robert Montès, rapaces invétérés, « prennent tout et ne laissent aux autres que des restes, quand il reste des restes ».

Le miracle

Et pourtant ! Les damnés de la terre ne sont-ils pas des hommes à part entière ? Toute vie, aussi dure soit-elle, ne mérite-t-elle pas d’être vécue et respectée ? Le narrateur, qui a accueilli bien des touristes nantis, en sait quelque chose. Ceux qui viennent de loin s’adjugent trop souvent le droit de mépriser la différence, sans chercher à comprendre. Ils veulent retrouver chez les autres ce qu’ils ont laissé chez eux, de la nourriture aux couleurs et jusqu’aux noms et prénoms auxquels ils sont habitués. La condition humaine n’est-elle pas peu ou prou identique partout ? Et Haïti, le décor de cette aventure, en dépit de ses maux, de cette haine qui ne dit pas son nom entre « Noirs » et « mulâtres », demeure un miracle permanent – et ce, malgré les errements de certains de ses dirigeants. « Quand la mort menace un adulte, on lui fait des blagues et on lui chante des chansons gaies, et il rit sans forcer, écrit Trouillot. Et, homme ou femme, on lui offre la possibilité de faire l’amour avec une personne qu’il désirait depuis longtemps. » Le voilà, le miracle : à Anse-à-Fôleur, le bonheur tient à un rien.

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