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Cet article est issu du dossier «Printemps arabe : les médias font leur révolution»

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Libye : réforme des médias et revanche sur petit écran

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Studio improvisé de la chaîne de la télévision Free Libya, à Benghazi.

Studio improvisé de la chaîne de la télévision Free Libya, à Benghazi. © Alfred/Sipa

Les nouvelles autorités libyennes se lancent dans une refonte du paysage médiatique. À la manœuvre : un journaliste en exil pendant trente-cinq ans, Mahmoud Shammam.

Féroce opposant à Mouammar Kadhafi, Mahmoud Shammam savoure sa revanche contre un régime libyen qu’il a toujours dénoncé. Son bannissement remonte à mars 1976, au moment des manifestations étudiantes violemment réprimées à Benghazi. Après avoir été, pendant trente-cinq ans, journaliste en exil, il est depuis mars dernier responsable des médias au sein de l’exécutif provisoire dirigé par Mahmoud Jibril, dont il est proche. L’aboutissement d’une longue carrière.

En 2000, il lance, depuis Washington, une édition arabophone de Newsweek grâce à des capitaux koweïtiens. Jusqu’au printemps dernier, il dirige la rédaction de Foreign Policy en arabe. Marié à une Saoudienne, très consulté sur le Moyen-Orient, Shammam est membre de la Fondation Carnegie pour la paix. La guerre le fait émerger comme un leader de la nouvelle Libye. Son compte Twitter (@MahmudShammam) garde trace de sa mobilisation. Exemple, le 11 février 2011 : « Ma fille me demande : Moubarak est parti, bientôt le tour de Kadhafi ? »

Très vite, le journaliste rejoint la rébellion, aux côtés d’autres exilés. Depuis sa nomination, il joue les intermédiaires entre le Conseil national de transition (CNT) et le Qatar. Un câble WikiLeaks dévoile ses relations complexes avec l’émirat. En avril 2006, moins d’un mois après sa nomination au conseil d’administration d’Al-Jazira, il se confie à des diplomates américains : « Pour jouer un rôle positif, la chaîne qatarie doit mieux équilibrer ses programmes », résume Shammam, confessant être en service commandé, une faveur personnelle concédée à l’émir du Qatar, pour « contrebalancer les éléments islamistes, antilaïcs et antilibéraux » au sein de la chaîne.

Sa proximité avec le Palais l’autorise même à délivrer « en off » ses conseils « répétés » à l’émir Hamad Ibn Khalifa Al Thani : « Vous possédez deux armes massives, l’une destructrice (Al-Jazira), l’autre extrêmement constructive (votre épouse Cheikha Mozah). » Pourtant, Shammam sait user de l’arme de destruction lorsqu’il crée, en mars dernier, Libya Al Ahrar, une chaîne de télévision qui est au journalisme ce que le chant militaire est à la musique. Clips de propagande et bulletins triomphalistes lus par des présentatrices « aux lèvres siliconées » meublent les programmes. Le tout financé par l’émir ami.

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