Société

États-Unis : pas de « mariage blanc » pour les Africaines-Américaines

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Des supportrices afro-américaines fêtent la victoire d'Obama à la présidentielle, en 2008.

Des supportrices afro-américaines fêtent la victoire d'Obama à la présidentielle, en 2008. © AFP

Pourquoi les Africaines-Américaines rechignent-elles à convoler hors de leur communauté, au risque de rester éternellement célibataires ? Explications sociologiques dans un pays toujours marqué par de fortes tensions entre Noirs et Blancs…

« À ce stade de ma vie, je pensais que je serais mariée et que j’aurais des enfants », confie Audrey, 39 ans. Cette Africaine-Américaine avenante, diplômée et sexy, vit seule à Washington et s’y résigne tristement. « Audrey fait partie du groupe de célibataires le plus nombreux aux États-Unis : les femmes noires », explique Ralph Richard Banks, professeur à la Stanford Law School (Californie) et auteur d’un livre au titre provocateur : Is Marriage for White People ?* (« Le mariage est-il réservé aux Blancs ? »)

Après une enquête à travers tout le pays, Banks – qui est lui-même noir – attribue le fort taux de célibat (près de 70 %) des Africaines-Américaines à leur rejet des mariages mixtes et à « une pénurie d’hommes noirs sur le marché ». Pénurie due, en partie, au nombre effarant des incarcérations : sur plus de 2 millions de prisonniers aux États-Unis, quelque 40 % sont des Noirs. Autre facteur aggravant : des différences socioprofessionnelles trop marquées au sein de la communauté noire. Près de 1,4 million de jeunes Africaines-Américaines font des études universitaires (niveau licence), contre 900 000 garçons, et elles sont deux fois plus nombreuses que ces derniers à obtenir leur diplôme. En 2008, elles étaient 125 000 à continuer leurs études au-delà de la licence, contre 58 000 garçons.

Pourtant, ces diplômées acceptent volontiers d’épouser des non-diplômés. Mais les couples formés d’une executive woman et d’un col-bleu, qui gagne forcément moins bien sa vie, sont voués à l’échec dans plus de la moitié des cas. Quant aux Noirs qui ont réussi, ils adoptent l’attitude inverse. Face à l’abondance de l’offre féminine, ils reconnaissent avoir l’embarras du choix entre Noires, Blanches, Hispaniques ou Asiatiques… et ne pas être pressés de s’engager !

Trahison

« Les Africaines-Américaines franchissent les barrières sociales, mais pas les barrières raciales : seule 1 femme sur 20 opte pour un mariage mixte », souligne Banks, pour qui ce refus a une raison très politique : « Elles veulent se montrer solidaires des hommes de leur communauté. Pour beaucoup d’entre elles, mariage mixte rime avec trahison. » Certaines invoquent des arguments en apparence futiles (« C’est facile de sortir avec un Noir, car il sait que je ne me lave pas les cheveux tous les jours, que je dois porter un foulard la nuit ») – preuve, selon Banks, qu’elles n’ont pas le courage de se lancer dans une kyrielle d’explications avec des néophytes. Enfin, certaines reconnaissent vouloir des bébés noirs. Comme Cecelia, qui craint, en se mariant avec un Blanc, de mettre au monde un enfant qui ne passerait pas pour le sien. « Elle aurait peur qu’on la prenne pour la nounou », suggère Banks. Parce qu’il affiche une grande complicité et élève ses deux filles à deux, le couple Obama fait d’autant plus rêver… 

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* Is Marriage for White People ? How the African American Marriage Decline Affects Everyone, de Ralph Richards Banks, Dutton Books 2011, 289 pages, 19 euros.

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