Dossier

Cet article est issu du dossier «Enseignement supérieur : le guide 2011 des meilleures écoles africaines»

Voir tout le sommaire
Société

Jonathan Cook : « Enseigner global, appliquer africain »

| Écrit par Propos recueillis par Sébastien Dumoulin
Jonathan Cook est le directeur de l'école de commerce de l'université de Pretoria.

Jonathan Cook est le directeur de l'école de commerce de l'université de Pretoria. © GIBS

Pour le directeur de l’école de commerce de l’université de Pretoria, les business schools du continent africain doivent prétendre à un niveau international tout en s’adaptant aux enjeux locaux. Explications.

Jeune Afrique : Comment qualifier le paysage des écoles de commerce en Afrique ?

JONATHAN COOK : Elles ne sont pas très nombreuses et beaucoup ont des progrès qualitatifs à faire. Aujourd’hui, seules cinq d’entre elles bénéficient d’une accréditation mondialement reconnue [l’Université américaine du Caire et, en Afrique du Sud, les business schools des universités de Pretoria, de Stellenbosch, du Witwatersrand et du Cap, NDLR]. Il y a plusieurs raisons à ce développement tardif. D’abord, le secteur privé, faible et encore dominé par quelques multinationales, ne crée pas de fort besoin. Ensuite, on constate un certain conservatisme du système éducatif, parfois réticent à s’écarter de l’offre universitaire classique. Des écoles privées pourraient prendre le relais, mais il est difficile pour elles de gagner de l’argent du fait de la faiblesse des coûts d’inscription. Enfin, à cause de la fuite des cerveaux et de la carence d’offres de formation doctorale, nous manquons de professeurs qualifiés.

Les opportunités sont là. Il ne nous manque que des cadres avec de bonnes compétences managériales.

Ce tableau est un peu sombre…

Pas du tout, car tout cela change à grande vitesse ! Nous entrons dans une période de forte dynamique démographique pour la population active, comme en Asie il y a vingt ans. Les opportunités sont là. Il ne nous manque que des cadres avec de bonnes compétences managériales. Les business schools peuvent fournir des formations qui soient à la fois globales et africaines, c’est-à-dire de niveau international et avec une compréhension des enjeux locaux. De plus, le rapport qualité-prix des formations africaines est souvent très bon. Pourquoi un de mes étudiants, un jeune Congolais dont la famille vit en Belgique, est-il venu étudier en Afrique du Sud ? Parce que la formation est bien moins chère qu’en Europe et que, comme il souhaite travailler en RDC, il a besoin d’un MBA qui prenne en compte les spécificités africaines.

Comment favoriser le développement des business schools sur le continent ?

Profil de Jonathan Cook

  • 59 ans, Sud-Africain
  • Diplômé en psychologie de l’université du Cap et de l’Unisa
  • Ancien professeur à la Wits Business School (Université du Witwatersrand)
  • Directeur du Gordon Institute of Business Science (université de Pretoria).

Il faut nous engager plus fortement dans des programmes courts à destination des cadres en activité. Dans le monde entier, c’est par ce biais que de nombreuses écoles se financent et peuvent même sponsoriser les formations initiales. De plus, cela permet de se rapprocher des employeurs, de renforcer notre réputation auprès d’eux et d’habituer nos professeurs à une approche très pratique de l’enseignement. Par ailleurs, nous devons développer davantage de programmes doctoraux, pour former nous-mêmes nos professeurs-chercheurs.

Quel est le rôle des écoles étrangères ?

Les partenariats avec elles sont essentiels. La business school de l’Université de Stellenbosch a signé beaucoup d’accords avec des écoles dans le monde entier. Leurs MBA respectifs sont reconnus, et les étudiants peuvent choisir de suivre certains cours dans une institution ou l’autre. Parfois ces partenariats relèvent plus du tutorat, comme pour la business school de l’Université de Dar es-Salaam, qui collabore avec une école scandinave pour le recrutement de ses doctorants. En revanche, l’implantation par un établissement étranger d’un campus satellite en Afrique peut poser problème. Souvent la qualité des enseignements n’est pas aussi bonne que sur le campus d’origine. Et si une école étrangère devait profiter du prestige de sa marque pour s’attirer le meilleur du marché, cela réduirait dramatiquement le potentiel de croissance des écoles africaines. 

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte