Politique

La Palestine à l’Unesco : pourquoi huit pays africains ne se prononcent pas

Parce qu’ils n’ont pas voulu contrarier les États-Unis ou Israël, huit pays du continent n’ont pas soutenu la demande d’adhésion de la Palestine. Précisions.

Mis à jour le 25 novembre 2011 à 15:31

Au siège de l’institution onusienne, à Paris. © Benoît Tessier/AFP

L’Afrique est le seul continent dont aucun pays n’a refusé à la Palestine le statut d’État membre de l’Unesco, lors de la conférence générale du 31 octobre, à Paris. Elle a voté massivement en sa faveur. Mais huit pays n’ont pas voulu se prononcer : le Burundi, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Liberia, l’Ouganda, le Rwanda, le Togo et la Zambie. Comment interpréter une telle position ? Dans les couloirs de l’Unesco, leurs représentants invoquent un devoir de réserve et les chancelleries restent muettes.

La question est sensible et a transformé l’institution onusienne consacrée à la science, la culture et l’éducation en arène politique. Un diplomate ougandais qui souhaite rester anonyme confie : « Il s’agit d’une diversion. C’est à New York, aux Nations unies, que la question doit être réglée. » Seul l’ambassadeur et délégué permanent du Rwanda, Jacques Kabale, défend clairement la position de son pays : « Nous n’avons pas été convaincus de la pertinence de ce vote qui risque de rigidifier les positions au lieu de faire progresser la paix. En outre, les Américains nous ont prévenus que l’adhésion de la Palestine entraînerait le gel de ses contributions. Cela nuira à l’Afrique, qui est bénéficiaire de l’aide de l’Unesco. » Et les États-Unis, ainsi qu’Israël et le Canada, ont mis leur menace à exécution, amputant de 25 % le budget de l’agence avec, pour conséquence immédiate, l’arrêt de ses programmes jusqu’à la fin 2011.

Un ami proche

Outre la question budgétaire, les pressions diplomatiques exercées par Washington sont évoquées par les commentateurs pour expliquer la position abstentionniste. La question de la Palestine a certainement été abordée lors du voyage du président ivoirien Alassane Ouattara aux États-Unis fin septembre, et il est dans l’intérêt du Togo, tout juste élu au Conseil de sécurité, d’apparaître comme un bon élève aux yeux de Washington. Les relations historiques de l’Amérique avec le Liberia, l’aide très importante qu’elle octroie au Rwanda et à l’Ouganda, les critiques de Washington lors de la réélection de Paul Biya au Cameroun, début octobre, sont d’autres motifs bilatéraux qui ont pu motiver cette neutralité.

L’influence d’Israël ne doit pas non plus être négligée : deux de ses quatre représentations permanentes en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale se situent à Abidjan et à Yaoundé. L’État hébreu est actif dans les domaines économique et sécuritaire sur le continent, comme au Cameroun, où des instructeurs israéliens (dont feu le colonel Avi Sivan) ont formé la garde présidentielle de Paul Biya. La coopération israélienne est aussi de celles qui ont permis à l’armée camerounaise de s’équiper. Enfin, et ce n’est pas un secret, Stanley Fischer, le gouverneur de la banque centrale d’Israël, est un ami proche d’Alassane Ouattara.

De multiples motivations peuvent ainsi être invoquées, derrière les rares explications officielles qui justifient l’abstention par la neutralité et la question budgétaire. Mais force est de constater qu’aucun État d’Afrique ne s’est aventuré à dire non à la Palestine, et ceux qui se sont abstenus ne mettent pas en avant leur position, contrairement aux représentants des États favorables. Les États d’Afrique peuvent être rassurés : un tel dilemme ne se présentera plus. L’Autorité palestinienne a en effet annoncé qu’elle abandonnait ses démarches similaires auprès d’autres agences internationales.