Société

Chine : haro sur le cybersexe !

Mis à jour le 23 novembre 2011 à 18:36

En Chine, de très nombreux jeunes ont pris l’habitude de filmer leurs ébats amoureux, puis de diffuser les vidéos sur internet. Soixante mille sites ont déjà été fermés et deux mille personnes arrêtées. Un vaste mouvement de répression nommé opération Poison jaune. Ça ne s’invente pas…

En Chine, la révolution sexuelle passe d’abord par internet. C’est ce que révèle une très sérieuse étude menée par Katrien Jacobs, de l’université de Hong Kong, qui dans un livre récent (People’s Pornography) met en lumière la prolifération du porno amateur sur le web. « De plus en plus de jeunes Chinois réalisent leurs propres vidéos dans des endroits discrets, raconte-t-elle. Ce qui plaît dans ce porno made in China, c’est le côté amateur des productions. Le mouvement est certes très éparpillé, et en même temps très juvénile, mais c’est un signe de changement évident. »

Un signe de changement, mais surtout un pied de nez à la censure. Car les vidéos et les sites pornographiques sont ici interdits. Tapez les mots « sexe » ou « érotisme » sur un moteur de recherche chinois, vous tomberez immanquablement sur une page blanche ou bloquée. Pourtant, une étude menée par l’université Renmin montre que plus de la moitié des adultes surfent sur des sites coquins – soit une augmentation de 12 % en dix ans –, tandis qu’un quart des adolescents admettent regarder des films X.

Violer un interdit

La vérité est qu’en voulant interdire le sexe sur internet le gouvernement n’a fait que le rendre plus attractif. Violer un interdit, c’est tellement excitant ! Les gens ont le sentiment d’enfreindre la loi en regardant ces sites et, plus encore, en postant sur internet leurs propres photos et vidéos. C’est d’autant plus intéressant que les jeunes Chinois ne parlent jamais de sexe en public. Dans ce pays, on ne montre pas volontiers ses émotions…

Bref, une évolution des mentalités est en cours. « Lorsque les jeunes réalisent des vidéos, le fait d’avoir des rapports sexuels dans un endroit dérobé, de se filmer, de télécharger et de partager la vidéo alors que c’est totalement interdit leur donne un sentiment de grande puissance. Attention, toutefois : le phénomène n’a rien de politique, ces gens ne font après tout que s’amuser. Mais ils enfreignent la loi, et leur excitation se nourrit de cette rébellion », assure Katrien Jacobs.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille. L’opération Poison jaune a déjà conduit à la fermeture de soixante mille sites pornographiques et à l’arrestation de plus de deux mille personnes. Mettre ses vidéos coquines en ligne peut coûter très, très cher : jusqu’à dix ans de détention.