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Cet article est issu du dossier «Maroc : législatives anticipées 2011»

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Politique

Législatives marocaines : à qui les jeunes vont-ils donner leurs voix ?

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Manifestation du Mouvement du 20 févirer, le 8 mai 2011 à Marrakech.

Manifestation du Mouvement du 20 févirer, le 8 mai 2011 à Marrakech. © AFP

On les disait peu mobilisés, indifférents… Les jeunes marocains ont prouvé leur engagement en descendant dans la rue. Reste à savoir s’ils seront entendus et représentés au sein du futur hémicycle. Leur participation est un enjeu majeur des élections législatives du 25 novembre.

On ne pourra plus faire sans elle. S’il fallait retenir une leçon des révolutions qui ont secoué le monde arabe, c’est bien que la jeunesse veut faire entendre sa voix. Longtemps décrite comme passive et peu intéressée par la « chose publique », elle a montré sa capacité de mobilisation et son désir de changement. Pour les législatives du 25 novembre, les jeunes Marocains n’ont qu’un mot à la bouche : « rupture ».

« On veut que le Parlement de demain nous ressemble, que des candidats jeunes y fassent leur entrée, et que les anciens barons et les anciennes habitudes quittent à jamais l’hémicycle », affirme Hicham Rahil, 33 ans et membre du Mouvement populaire (MP). Une demande légitime puisque les moins de 40 ans constituent 65 % de la population marocaine et qu’ils ne représentent que 9,2 % des députés élus en 2007, soit 30 sur 325.

Preuve s’il en était besoin du non-renouvellement de la classe politique, le nombre de parlementaires de moins de 40 ans, Chambre des représentants et Chambre des conseillers confondues, est en chute libre : ils étaient 71 en 1997, 41 en 2002 et 36 en 2007. Un manque de renouvellement des générations qui constitue la première cause de défiance des jeunes envers l’institution parlementaire et les partis politiques. 

Portrait de militant

Né à Ksar El Kebir en 1984, Youssef Raissouni, 27 ans, est le président de la section Rabat de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et un membre actif du Mouvement du 20 février. Après avoir passé son baccalauréat en 2002, il s’installe à Rabat, où il obtient sa licence d’économie en 2006. Très tôt, il s’engage auprès des jeunesses ouvrières et côtoie les milieux syndicaux. Influencé par la lecture des textes soufistes et des écrits marxistes, il se rapproche du mouvement des diplômés-chômeurs. Aujourd’hui, Youssef plaide pour la chute du Makhzen et participe à toutes les manifestations du Mouvement. Pendant les élections, le 20 Février ne manifestera pas. « C’est une question d’éthique. Nous ne perturberons pas ceux qui ont choisi de voter. »

La mauvaise réputation

Les députés souffrent d’une très mauvaise réputation auprès des jeunes, qui dénoncent également leur absentéisme, leur manque de contact avec la population hors des périodes de campagne et la pratique récurrente du clientélisme. Le spectacle de l’ouverture de la session d’automne, le 14 octobre, où tous les députés sont partis après le discours du roi alors que la loi organique était soumise au vote, n’a fait que confirmer leurs a-priori. Une récente étude de l’Institut Thomas More confirme d’ailleurs que « la jeunesse s’intéresse plus à la vie politique que les générations âgées », même s’il existe une véritable « fracture avec les partis et un éclatement de l’intérêt partisan ».

Avide de démocratie directe et d’interactivité, ouverte sur le monde grâce aux nouvelles technologies et aux vols low cost, la jeune génération n’est plus en phase avec ses aînés. Il suffit de voir le mode de communication vieillot des partis pour s’en convaincre. « Les jeunes ont été longtemps les grands oubliés des politiques publiques. Il faut que les gouvernants renouent le lien avec eux », plaide Moncef Belkhayat.

Agitation des partis

Âgé de 41 ans, le ministre de la Jeunesse et des Sports, par ailleurs membre du Rassemblement national des indépendants (RNI) et, au passage, tête de Turc des « févriéristes », a été l’un des principaux défenseurs de la liste nationale, qui oblige chaque parti à présenter sur cette liste trente hommes âgés de 40 ans au plus lors du scrutin. La revendication, qui dépassait les clivages politiques, était portée par le Mouvement de la jeunesse marocaine pour une représentativité politique maintenant, qui regroupe dix-sept organisations de la société civile et vingt-neuf autres composées de jeunes.

Conscients de l’enjeu, les partis politiques s’agitent, communiquent autour de leurs mouvements de jeunesse et tentent de trouver des cadres de moins de 40 ans à la fois assez connus pour avoir un réseau capable de les porter et assez neufs pour prouver la volonté de changement. Ceux du Mouvement du 20 février ont bien entendu été courtisés, notamment par l’Union socialiste des forces populaires (USFP), et par le RNI, dont le président, Salaheddine Mezouar – ministre de l’Économie et des Finances –, a tenu à s’entretenir avec des militants pour mieux connaître leurs idées.

Ne pas se faire d’illusions

Pour autant, les jeunes ne se font pas d’illusions. « On va retrouver les mêmes têtes qu’avant car les vieux barons de la politique ne sont pas prêts à laisser leur place. Notre problème ça n’est pas le roi, ce sont les partis, qui sont pourris de l’intérieur », regrette une jeune militante de l’USFP. Organisées de manière anticipée selon un calendrier très serré, les élections n’ont pas laissé aux partis le temps d’organiser leur congrès, de réunir leur base et de chercher de nouveaux visages.

S’il y a un endroit où il faut un Mouvement du 20 février, c’est à l’intérieur même des partis.

Moncef Belkhayat, Ministre de la Jeunesse et des Sports

« Le calendrier n’est qu’une excuse. Il n’y a pas de volonté de changement chez les caciques des partis », regrette Ismaïl Balafrej, militant de l’USFP qui a été candidat à l’investiture à Rabat avant de se désister. Révolté par la pratique récurrente du népotisme et par l’existence d’un système de rente au sein de son parti, il a dénoncé publiquement l’autisme de Driss Lachgar, un de ses cadres dirigeants. « S’il y a un endroit où il faut un Mouvement du 20 février, c’est à l’intérieur même des partis », plaide Moncef Belkhayat, pour qui le conflit des générations est au cœur de ces élections.

Dans ce contexte, difficile de parier sur le taux de participation des jeunes. Pour Othman, cadre dans une multinationale, « il faut voter, car pour la première fois il y a un vrai suspense. Personne ne peut dire qui sera chef du gouvernement après le 25 ». Une attitude à l’opposé de celle du Mouvement du 20 février, qui a appelé au boycott du scrutin. « Les jeunes ne sont pas écoutés. Notre seule voix est et restera la rue », conclut Omar, militant du 20 Février.

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