Politique

Libye : quelle justice ?

Mis à jour le 5 décembre 2011 à 16:35
François Soudan

Par François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

S’oriente-t-on vers un procès de Seif el-Islam Kadhafi (et d’Abdallah Senoussi) en Libye, par la justice libyenne, avec l’assistance technique et la garantie de la Cour pénale internationale (CPI) ? C’est une probabilité, et une probabilité souhaitable. Car un transfert à La Haye des deux témoins et acteurs les plus précieux du système Kadhafi, s’il serait dans la logique des obligations de la résolution 1970 du Conseil de sécurité de l’ONU, poserait un évident problème de pédagogie et d’exemplarité.

La compétence de la CPI en ce qui concerne ces deux hommes est en effet limitée aux événements survenus depuis février 2011 : c’est pour leur rôle lors de la répression qu’elle les poursuit et qu’ils seront éventuellement condamnés. Or, bien sûr, les Libyens mais aussi l’opinion internationale ne souhaitent pas une telle restriction. Les premiers parce qu’ils veulent que l’un et l’autre, en particulier Senoussi, s’expliquent sur les quatre décennies de dictature, dont la révolte de février, puis la guerre de libération, n’ont été que l’épilogue.

La seconde parce qu’elle attend des témoignages et des révélations sur les multiples complicités européennes, américaines, arabes et africaines dont le régime a bénéficié, qu’il a largement rémunérées et dont le fils et l’exécuteur des basses œuvres de Kadhafi ont eu connaissance – quand ils n’en ont pas été les agents. Il faut donc accorder au nouveau gouvernement libyen formé le 22 novembre le crédit de respecter désormais l’intégrité physique des détenus et de rompre avec la loi de Lynch. Et accepter la volonté populaire de voir les anciens maîtres jugés sur le lieu de leurs méfaits. La façon, conforme aux règles internationales, avec laquelle a jusqu’ici été traité Seif el-Islam est à cet égard un signe encourageant.