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Urbanisme : des racines et des villes

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Économie

Gabon : histoires d’eau

Une société privée gère l’eau et l’électricité du pays. Avec des résultats médiocres. Mais l’État gabonais reprend la main.

Mis à jour le 9 décembre 2011 à 16:40

Le 10 novembre, le Gabon inaugurait le stade de l’Amitié d’Angondjé, près de Libreville, par un match de football (opposant la sélection nationale au Brésil) qui a bien failli ne pas avoir lieu. Faute d’éclairage. Encore un mauvais tour dû aux fréquentes coupures d’électricité. Aussi récurrentes que les interruptions de distribution d’eau courante. Les critiques visent un seul coupable : la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), filiale à 51 % du français Veolia.

En 1997, l’État gabonais a confié la gestion de la SEEG au groupe français. Mais le contrat de concession est devenu depuis deux ans le symbole d’un partenariat public-privé raté. « Dans le cahier des charges, nous avons négligé de préciser le sens des investissements que la SEEG devait effectuer », reconnaît Régis Immongault, ministre de l’Énergie.

Débordé

Aux yeux des Gabonais, l’opérateur ne se montre pas assez offensif – comprenez « n’investit pas suffisamment » –, surtout dans l’hydraulique. La SEEG concentre l’essentiel de ses efforts sur la gestion et la maintenance des centrales thermiques existantes ou, au mieux, l’augmentation de leurs capacités. Ainsi, celle de Lambaréné (Moyen-Ogooué) a bénéficié de l’installation de groupes diesels neufs de 1 600 kW en 2010, et celle d’Owendo, près de Libreville, voit réhabiliter ses turbines à gaz.

Chez Veolia, on se défend de ne pas avoir respecté le contrat : « À l’origine, il était prévu que la demande en eau et en électricité augmente de 2,5 % à 3 %, explique un responsable de la filiale. La réalité est tout autre : on est davantage proche de 6 % à 8 %. Et les budgets disponibles ne sont plus du tout adaptés. » L’entreprise s’efforce néanmoins de remplacer les moteurs qui fonctionnent au fioul par des turbines à gaz. Ce dernier sera bientôt acheminé, depuis Port-Gentil, par Perenco. Ce qui permettra à la SEEG de baisser de 3,5 % ses coûts de production et, dans le même temps, de dégager des moyens supplémentaires pour investir davantage.

Réactualisation

Critiqué lui aussi sur ce dossier sensible, le gouvernement avait décidé, en décembre 2009, de réviser ce contrat, qui lie l’État gabonais à la SEEG jusqu’en 2017. En avril 2010, le cabinet Deloitte au Gabon a été chargé de mener un audit dont les résultats, remis en février 2011, n’ont pas entraîné la rupture dudit contrat, mais des promesses de réactualisation.

Au bout du compte, l’audit semble avoir motivé le retour en première ligne de l’État dans la fourniture des services de base. Ce dernier entend exercer plus de contrôle sur le concessionnaire, et l’annonce de son entrée, en tant qu’actionnaire majoritaire, dans le capital de la Société d’électricité, de téléphone et d’eau du Gabon (Seteg) va dans le même sens.

Recadrage

Les dettes de l’État envers la Seteg – 11,5 milliards de F CFA (17,5 millions d’euros) – ont été apurées et, pour améliorer plus rapidement l’offre en eau potable, une enveloppe de 94 milliards de F CFA vient d’être débloquée. Au programme, notamment, la réalisation d’un réseau de canalisations de 40 km entre Ntoum et Libreville (par la Seteg) et d’une septième station de pompage à Ntoum (par la SEEG) pour 60 milliards de F CFA ; la pose d’une autre conduite entre le camp De-Gaulle (Libreville) et Angondjé, où va être construit un nouveau château d’eau (par la Sogea, filiale du français Vinci), pour 12 milliards de F CFA ; et des travaux effectués par la Seteg pour renforcer les capacités de production et de distribution d’eau dans certaines localités de l’intérieur (12 milliards de F CFA). Une étude sur le réseau de distribution d’électricité du Grand Libreville est également prévue.

La reprise en main va même plus loin, avec la création d’une agence de régulation des secteurs de l’eau et de l’électricité, véritable signal d’un renforcement de l’autorité administrative et d’une plus grande ouverture à la concurrence. Un fonds de financement des infrastructures a également été créé, de même qu’une société de patrimoine. Cette dernière aura pour objet la gestion, pour le compte de l’État, des biens et droits affectés au service public de l’eau potable et de l’électricité.