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Cet article est issu du dossier «Urbanisme : des racines et des villes»

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Société

La mémoire du continent au patrimoine mondial de l’Unesco

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La cité de Djenné, au Mali.

La cité de Djenné, au Mali. © UNESCO / Francesco Bandarin

De la Casbah d’Alger à la vieille ville de pierre de Zanzibar, vingt-deux ensembles urbains africains figurent sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

« La ville offre à l’homme l’image de la civilisation qui l’a édifiée », écrivait le sociologue camerounais Jean-Marc Ela, en 1983. Et, à l’heure où l’urbanisation accélère la croissance des métropoles et où les solidarités s’effacent, la protection et la mise en valeur du patrimoine architectural deviennent pour certaines villes un outil privilégié. Elles peuvent ainsi améliorer le cadre de vie de leurs habitants, renforcer la cohésion sociale et recréer le lien entre les quartiers, entre héritage culturel et ambitions de développement. L’attention portée au patrimoine est en outre un moyen de promouvoir la richesse des cultures locales. Ainsi que d’attirer les financements et les touristes.

Richesses menacées

Les médinas du Maghreb, les palais royaux d’Abomey et les maisons « des Brésiliens » au Bénin, les forts portugais d’Accra, au Ghana, la ville sainte des musulmans d’Éthiopie, Harar, ou encore la cité de Djenné et les mosquées en pisé de Tombouctou, au Mali, constituent quelques beaux exemples de la diversité patrimoniale des villes africaines.

Des richesses, hélas, souvent menacées. Le manque d’entretien, la spéculation foncière, la pression démographique et les conflits font disparaître chaque année des dizaines de monuments historiques sur le continent. En février 2010, au Maroc, le minaret d’une vénérable mosquée de Meknès s’est effondré sur la foule. Le mois suivant, en Ouganda, les tombes des rois Kabakas de Kampala partaient en fumée. En juin dernier, l’antique cité berbère de Ghadamès était pilonnée par les troupes de Kadhafi. Trois sites classés par l’Unesco.

En première ligne pour défendre le patrimoine, la société civile essuie souvent des défaites contre les intérêts financiers et les pouvoirs publics : en juillet, la mobilisation des riverains et de l’association Casamémoire n’a pas protégé l’immeuble Piot-Templier, emblématique du Casablanca Art déco, rasé alors que son classement était à l’étude. Mais elle remporte aussi des victoires symboliques : à la fin des années 1980, la mobilisation de l’opinion publique avait sauvé le théâtre municipal de Tunis de la démolition. En janvier-février dernier, ses marches ont été un haut lieu de la révolution. Dans la même ville, des architectes ont créé l’association Patrimoine 19/20, fin septembre, pour protéger et promouvoir le patrimoine contemporain.

Les bénéfices sociaux et, bien sûr, touristiques que génère la restauration du patrimoine urbain n’échappent plus aux municipalités. La médina de Casablanca est l’objet d’un vaste plan de réhabilitation. À Rabat, candidat à l’inscription au patrimoine mondial, l’agence urbaine valorise le centre historique en s’inspirant de la résurrection de la ville basque de Bilbao autour du musée Guggenheim. Les projets d’aménagement sont conçus en continuité avec le bâti existant. Le nouveau tramway fluidifie les échanges entre le centre-ville et l’agglomération. L’architecture des nouveaux quartiers intègre motifs et matériaux traditionnels aux volumes contemporains, et les autorités y développent la mixité sociale qui caractérise les médinas.

Générations futures

Car c’est aux populations locales que doivent, avant tout, s’adresser les plans de valorisation du patrimoine. Elles sont l’âme et la mémoire des villes, qu’elles entretiennent et transmettent aux générations futures. « C’est au bout de la corde tressée par le père que le fils tisse la nouvelle corde », dit le proverbe béninois.

Alors que les problématiques de l’urbanisation sont désormais indissociables de celles du développement durable, les activités rurales inscrites dans l’espace urbain, au-delà de leur intérêt vivrier, constituent également un atout en termes de paysage et de qualité de vie. C’est le cas dans certains quartiers de Kinshasa, de Bamako, ou encore à Antananarivo, une ville construite au milieu des rizières, où l’agriculture intra-urbaine fait l’objet d’une promotion. Des espaces précieux que les élus locaux seraient bien avisés de tenir hors de portée des promoteurs.

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