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Cet article est issu du dossier «Mauritanie : entre modernité et fragilité»

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Politique

Mauritanie : une opposition plus divisée que jamais

L’opposition mauritanienne apparaît plus que jamais divisée. Entre ceux qui ont participé au Dialogue national et ceux qui l’ont boycotté, rien ne va plus.

Dans son grand bureau, Mohamed Mahmoud Ould Weddady se veut rassurant. « Certains disent que l’un des buts de ce Dialogue national, côté gouvernement surtout, était de créer des dissensions et de donner l’image d’une opposition désunie. Or nous sommes ensemble et nous restons ensemble », assure le vice-président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD). Pourtant, les tensions sont extrêmement vives au sein des coalisés mauritaniens, et la Coordination de l’opposition démocratique (COD), formée au lendemain de l’élection de Mohamed Ould Abdelaziz, semble n’avoir jamais été aussi près de voler en éclats.

Zizanie

En cause, le Dialogue national, prévu par l’accord de Dakar de juin 2009 et lancé par le chef de l’État. Après plus de deux ans de blocage et d’aléas entre ce dernier et l’opposition, ledit dialogue a repris mi-septembre et a même été scellé, le 19 octobre, par un accord sur une série de propositions de réformes constitutionnelles. Le problème est que seulement quatre partis de la COD – l’Alliance populaire progressiste (APP) de Messaoud Ould Boulkheir, El Wiam, Hamam et Sawab – ont accepté de s’asseoir à la table des négociations, aux côtés d’une soixantaine de formations proches de la majorité. Estimant que leurs conditions n’ont pas été respectées, les dix autres membres de la COD ont fermement boycotté le dialogue, notamment le RFD, d’Ahmed Ould Daddah (qui, avec 16 députés et 7 sénateurs, est le principal parti d’opposition), l’Union des forces de progrès (UFP), de Mohamed Ould Maouloud, la formation « à référentiel islamique » Tawassoul, de Jemil Ould Mansour, et l’Adil, de Yahya Ould Ahmed El Waghf.

« Les médias publics ont été ouverts à l’opposition et les élections sont repoussées, lance Ladji Traoré, le secrétaire général de l’APP. Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas admettre que c’est un préalable suffisant. » Jemil Ould Mansour assure quant à lui que les médias sont « censurés » et que « ce n’est pas un climat pour discuter ».

Seuls quatre des quatorze partis de la Coordination se sont assis à la table des négociations

Une chose est sûre : le dialogue a semé la zizanie dans les rangs des coalisés. L’opposition, qui peinait déjà à faire front commun, a désormais deux visages. Version Ould Daddah, celle qui a boycotté le dialogue, et version Ould Boulkheir, celle qui a dit oui. Le premier étant chef de l’opposition (un statut officiel en Mauritanie) et le second président de l’Assemblée nationale. Tous deux avaient pourtant mis leur vieille rivalité entre parenthèses pour dénoncer le retour des militaires après le coup d’État d’« Aziz », en 2008, puis son élection.

Le 20 novembre, au cours d’un meeting à Nouakchott, Messaoud Ould Boulkheir a officiellement rouvert les hostilités contre Ould Daddah. « Nous avons entendu beaucoup de paroles irresponsables et on a préféré ne pas y répondre parce que nous sommes des responsables, a lancé le leader de l’APP. Ceux qui sont partis courir derrière Mohamed Ould Abdelaziz sont connus et se connaissent, parce qu’ils cherchaient leurs intérêts personnels avant d’échouer. » La référence n’est pas explicite, mais il est clair que le chef de l’APP vise son homologue du RFD, qui n’avait pas, dans un premier temps, condamné le coup d’État du 6 août 2008. Bien que l’APP n’ait pas encore officiellement saisi la COD (« ce n’est pas à l’ordre du jour »), elle en est officieusement sortie et assure être indépendante dans ses choix. Depuis le 1er décembre, le parti organise une campagne à l’intérieur du pays afin d’expliquer les résultats du dialogue.

La COD, elle, campe sur ses positions, continue d’organiser des manifestations populaires et multiplie les offensives contre le pouvoir, comme en témoigne son forum organisé le 12 novembre sur le thème : « La Mauritanie aujourd’hui, entre la comédie du dialogue et la stratégie de la gabegie ».

En attendant, les élections législatives (et municipales), initialement prévues le 16 octobre, ont été reportées sine die. Et, avec elles, la remise en jeu du fauteuil de président de l’Assemblée nationale et de la fonction de chef de l’opposition.

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