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Cet article est issu du dossier «Mauritanie : entre modernité et fragilité»

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Diplomatie

H. O. B. O. Hamadi : « Notre diplomatie est ancrée dans notre identité arabe, africaine et musulmane »

Après une longue absence, la Mauritanie fait son retour dans l’arène internationale. Avec quelles priorités ? Entretien avec le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Hamadi Ould Baba Ould Hamadi.

Jeune Afrique : Mohamed Ould Abdelaziz était l’un des médiateurs de l’Union africaine (UA) dans la crise ivoirienne, et il présidait aussi le panel de la paix sur la crise libyenne. La présence de la Mauritanie au cœur de ces négociations est-elle le signe de son retour en force sur la scène diplomatique ?

Hamadi Ould Baba Ould Hamadi : Nous avons redynamisé notre diplomatie, à la fois sur le plan régional et sur le plan international. Notre pays a certes trébuché, mais il poursuit son bonhomme de chemin et il ancre son expérience tout à fait originale de la démocratie en Afrique et dans le monde arabe. Le développement, la promotion de l’image de la Mauritanie, l’élargissement du champ de nos relations internationales et l’affirmation de notre positionnement dans nos espaces géopolitiques constituent désormais nos priorités. Pour cela, nous créons des ambassades et nous essayons d’améliorer notre présence dans tous les forums et les espaces de concertation. D’ailleurs, nous avons repris contact avec l’ONU, où nous siégeons toujours au Conseil des droits de l’homme.

Êtes-vous déçu de ne pas avoir obtenu le siège de membre non permanent au Conseil de sécurité le 21 octobre dernier ?

Nous avons le sentiment d’avoir fait une bonne campagne et d’avoir obtenu un résultat honorable : 98 voix au premier tour, c’est plus que la moitié des pays membres. Jusqu’au troisième tour, nous avions 62 voix, là où certains pays n’en ont eu qu’une. Et, parmi les huit pays en compétition, nous avons obtenu le quatrième score. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup de pays sont venus nous féliciter, y compris des membres permanents.

Pour en revenir aux médiations, du 17 février jusqu’au décès de Mouammar Kadhafi, aucun accord n’a jamais pu être ébauché. Est-ce un échec de l’UA et de la mission de Mohamed Ould Abdelaziz à la présidence du panel de la paix ?

Comme tout prestataire, nous étions tenus à une obligation de moyens et non de résultats. Or nous n’avons rien à nous reprocher car nous avons déployé tous les moyens politiques et diplomatiques pour parvenir à un accord. À un moment, nous étions à un cheveu d’y parvenir. Mais la conjoncture, les rapports de force, les agendas des acteurs impliqués, aussi bien libyens que non régionaux, ont influé sur la suite des événements. Nous le regrettons pour la Libye. Le continent a été le premier à réagir, mais n’a pas eu la possibilité de poursuivre sa démarche.

La sécurité est l’une des grandes priorités de Mohamed Ould Abdelaziz. Quels sont les freins aujourd’hui dans la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ?

D’abord, je ne sais pas qui est Aqmi et je ne cherche pas à le savoir. Les bandes armées terroristes qui menacent la sécurité de notre territoire sont nos ennemis et c’est contre eux que nous luttons. Nous avons l’obligation morale et la responsabilité politique de sécuriser notre territoire parce qu’il n’y a jamais eu de base terroriste en Mauritanie, ni de camp d’entraînement ni de filière de recrutement. C’est pourquoi cela a été le premier défi du président Aziz. Et on y va avec nos moyens.

Après avoir subi plus de trente attaques terroristes depuis 2005, quelle est votre stratégie ?

Nous avons compris que la défense statique est inefficace sur un territoire comme la Mauritanie. Il faut une défense dynamique et offensive.Le gouvernement a commencé par définir une stratégie en fonction de notre excellente connaissance du terrain. Nous avons mis fin aux zones de non-droit. Nous avons ensuite défini des points d’entrée du territoire mauritanien afin d’en contrôler l’accès et investi énormément d’argent dans la modernisation, l’équipement et la restructuration des forces armées. Les experts internationaux m’ont par ailleurs confié que cette stratégie est excellente. Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il n’y a pas un terroriste fiché et connu en liberté en Mauritanie. Tout cela coûte très cher, mais la sécurité n’a pas de prix.

La coopération régionale est-elle efficace ?

Nous sommes de toutes les réunions, de l’état-major conjoint de Tamanrasset à l’unité de fusion et de liaison d’Alger, mais nous allons assurer notre sécurité nous-mêmes. Nous n’avons pas d’autre choix. Si la coopération s’accroît, tant mieux. Mais tant que nos moyens nous le permettent, nous n’acceptons pas d’attendre que cela arrive.

Les contestations de l’opération d’enrôlement par les Négro-Mauritaniens n’ont-elles pas terni les relations du pays avec ses voisins subsahariens ?

Absolument pas, et je ne vois pas pourquoi ce serait le cas. On n’a jamais donné d’indications aux autres pays sur la manière dont ils devaient recenser leur population. Personne ne peut nier l’opportunité de cette opération, car nous sommes dans une zone où les frontières sont artificielles et où l’on a des populations transfrontalières, au sud, au nord et à l’est. On ne peut pas en vouloir à un gouvernement de souhaiter des statistiques fiables afin de doter le pays d’un état civil biométrique. Il n’y a aucun problème, à part peut-être des défauts de communication et de désinformation, de mauvaise foi et d’intoxication organisée.

Le président Mohamed Ould Abdelaziz s’est rendu en Chine en septembre. Cela marque-t-il une volonté de se tourner vers de nouveaux partenaires ?

La Mauritanie ne définit pas une liste de partenaires. Elle est ouverte à tous ceux qui veulent aider à son développement et à la construction d’un État moderne, social et démocratique. Nous développons une diplomatie tous azimuts, tout en étant ancrés dans le socle de notre identité arabe, africaine et musulmane.

Ces derniers mois, les critiques à l’encontre de la diplomatie ont fusé au Parlement. On reproche aux ambassadeurs leur manque d’assistance envers les ressortissants étrangers, on les soupçonne d’enrichissement personnel… Que répondez-vous à ces attaques ?

Ce n’est pas de la démagogie, mais je crois que l’assistance apportée à nos ressortissants à l’étranger est des meilleures. Dès qu’il y a un problème nous en sommes informés, et il est réglé rapidement. Ensuite, avant le président Mohamed Ould Abdelaziz, aucun chef de l’état mauritanien depuis l’indépendance n’a fait de la lutte contre la gabegie l’axe central de son programme. Il a prouvé que ce n’était pas un vain mot en envoyant en prison des gens qu’on croyait intouchables et en relevant des ambassadeurs. L’inspection des finances va enquêter dans toutes les ambassades, et, si quelqu’un a détourné ne serait-ce que 1 ouguiya, il le remboursera ou sera emprisonné .Ce n’est pas de l’autosatisfaction, mais nous commençons à redynamiser cette diplomatie et je crois que nous faisons des progrès. Il ne faut pas perdre de vue que nous ne sommes là que depuis deux ans. 

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Propos recueillis à Nouakchott par Justine Spiegel

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