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Cet article est issu du dossier «Mauritanie : entre modernité et fragilité»

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Mauritanie : un pays sur le fil du rasoir

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Alain Faujas est spécialisé en macro-économie (mondiale et tous pays) ainsi qu'en politique intérieure française.

En parcourant les bons indicateurs de l’économie mauritanienne, on éprouve un malaise. Certes, ils ne sont plus truqués comme de 1993 à 2004. À l’époque du président déchu Maaouiya Ould Taya, 40 % des dépenses échappaient au budget et les chiffres officiels prétendaient que les réserves en devises du pays permettaient douze mois d’importations, alors qu’elles n’excédaient pas deux semaines !

Le communiqué publié le 24 octobre par la mission du Fonds monétaire international (FMI) à l’issue de sa visite en Mauritanie est laudateur. « Les données disponibles semblent indiquer une bonne performance de l’activité économique, notamment dans les bâtiments et travaux publics et les industries manufacturières », y lit-on.

Les signaux sont donc au vert. La croissance devrait atteindre + 4,8 % en 2011, après – 1,2 % en 2009 et + 5,2 % en 2010. L’inflation est contenue à 6 % et ne devrait pas excéder 7 % en 2012. Grâce à la production d’or notamment, l’amélioration du solde de la balance des paiements a porté les réserves en devises à 3,8 mois d’importations, un record. L’État mauritanien se porte bien, mais les Mauritaniens, dont la moitié disposent de revenus inférieurs au seuil de pauvreté, sont moins bien lotis et cet écart exacerbe le mécontentement populaire. « Cela tient au contexte international qui fait monter les prix des produits alimentaires, relate un expert européen. Et aussi à la sécheresse, qui a un impact très important dans les zones rurales. En outre, la lutte contre la gabegie a eu pour effet paradoxal, depuis 2009, de supprimer certains avantages – le logement notamment – dont jouissaient des fonctionnaires et de contribuer à l’appauvrissement de la population. »

Car les stigmates de cette pauvreté sont omniprésents. La Mauritanie est ainsi 143e sur 178 pays selon l’indice 2010 de perception de la corruption de Transparency International, mais aussi 159e sur 187 pays selon l’indice de développement humain 2011 du Programme des Nations unies pour le développement, et enfin 159e sur 183 pays pour la facilité de faire des affaires selon le classement « Doing Business » 2012 de la Banque mondiale.

Le chômage frappe 32 % de la population active, et touche en particulier la moitié des jeunes, car la croissance est fort peu créatrice d’emplois. En effet, le secteur minier – qui assure les trois quarts des exportations – n’emploie que 3 % des salariés. Cette situation explique que le gouvernement ait été obligé de mettre en place des subventions pour les produits alimentaires de première nécessité (riz, blé, huile, pâtes, sucre) et les carburants. Ce qui a pesé lourd sur le budget de l’État, parce que cet effort n’était pas bien ciblé sur les populations les plus pauvres.

L’année 2012 sera périlleuse. Le gouvernement a promis au FMI de remplacer ces subventions par des transferts en espèces réservés aux plus démunis. S’il n’explique pas à la population les règles d’équité qu’il entend instaurer, il pourrait affronter une colère populaire redoutable.Il lui faudra faire face aux conséquences de la sécheresse sévère. Au moins 90 millions de dollars (67 millions d’euros) seront nécessaires pour aider les éleveurs à acquérir des aliments pour leurs animaux (le cheptel constitue 13 % du produit national brut) privés de pâturage et pour approvisionner 800 000 personnes en produits alimentaires à prix réduit.

Le budget national semble en mesure d’assumer ces dépenses, mais le Premier ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf a préféré lancer un appel à l’aide internationale, le 10 novembre, afin d’être sûr de pouvoir financer ce « Programme d’intervention espoir 2012 ». La Mauritanie demeure sur le fil du rasoir. 

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