Politique

Côte d’Ivoire : rumeur sur le franc CFA, arme anti-Ouattara

La rumeur est partie du Ghana. Elle a gagné Abidjan et, de proche en proche, plusieurs villes du continent : le décrochage de l’euro du franc CFA et la dévaluation de celui-ci seraient étudiés en France comme dans les capitales africaines. Couper le lien monétaire avec la zone euro en voie d’explosion serait une mesure de salubrité publique pour les pays africains.

On sait qui a lancé le bruit : les milieux proches du président ivoirien déchu Laurent Gbagbo. Leur motivation ? Gêner l’actuel chef de l’État, Alassane Ouattara, Premier ministre lors de la préparation de la dernière dévaluation du franc CFA, en 1994, qui serait évidemment dévalué par une dévaluation…

Il y a même un ministre d’État ivoirien, Albert Mabri Toikeusse, chargé du Plan et du Développement, qui n’a pas vu le piège et a cru bon de déclarer, le 28 novembre, qu’une « dévaluation n’[était] pas une catastrophe », accréditant l’idée que la rumeur était fondée !

Or, comme le dit un haut responsable de la zone euro, « il n’y a pas l’ombre d’une discussion à ce sujet » entre Africains et Européens. Ceux-ci ont d’autres chats à fouetter que de s’embarrasser d’une opération fort complexe et économiquement injustifiée.

En effet, pourquoi quitter la zone de la deuxième monnaie mondiale après le dollar ? Certains de ses membres, comme la Grèce, pourraient en sortir, bien sûr, mais elle ne disparaîtra pas pour autant.

Les Africains ont-ils intérêt à un divorce et à une dévaluation ? Pas le moins du monde. Les cours des matières premières sont hauts. Les réserves en devises des pays de la zone franc CFA sont en augmentation. La baisse de l’euro (1,33 dollar le 30 novembre) ravit les cultivateurs de coton, de café, de cacao, d’hévéa et de palme.

On ne voit pas quel gouvernement prendrait le risque de faire peur aux investisseurs en se privant de la garantie de l’Europe. On ne voit pas quel homme politique aurait l’inconscience de décider une dévaluation qui déclencherait une inflation des produits alimentaires, déjà responsable de pas mal d’émeutes en 2008, de Bobo-Dioulasso à Douala.

Oui, un jour, il conviendra de couper le cordon ombilical entre l’euro et l’Afrique subsaharienne, pour que la politique monétaire de celle-ci serve mieux ses intérêts économiques et sociaux. Mais cette prise de responsabilité suppose l’existence d’une vraie supranationalité économique dont on ne voit pas, pour l’heure, de signes éclatants.

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