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Nucléaire : l’Asie du Sud-Est, pas traumatisée par Fukushima

Un soldat japonais prie au milieu des décombres et dans la neige à Otsuchi, le 17 mars. © AFP

On croyait les pays du Sud-Est asiatique traumatisés par la catastrophe de Fukushima. Erreur. La majorité d’entre eux envisage de construire de nouvelles centrale nucléaires.

« La crise nucléaire au Japon pourrait inciter les pays de la région à reconsidérer leurs projets de centrales nucléaires et à étudier les possibilités d’autres sources d’énergie », déclarait le secrétaire général de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (Asean) au lendemain de la catastrophe de Fukushima. Dix mois plus tard, tandis que l’Europe s’interroge et que l’Allemagne a abandonné le nucléaire civil, c’est avec un pragmatisme déconcertant que les pays de la région abordent la question.

Le réchauffement climatique, la hausse du prix des matières organiques fossiles, l’appauvrissement des gisements naturels… Autant de facteurs qui renforcent l’intérêt pour le nucléaire, considéré comme le seul moyen de répondre à l’augmentation de la demande énergétique. « Aucune des six nations intéressées par le nucléaire n’a abandonné ses projets, précise Selena Ng, directrice régionale d’Areva. Simplement, chacun a désormais une conscience aiguë de l’importance de la sécurité. Ilsemble même que des pays jusqu’ici très réticents se soient laissé convaincre.

À l’opposé d’Abhisit Vejjajiva, son prédécesseur, très hostile au nucléaire, Yingluck Shinawatra, la nouvelle Première ministre thaïlandaise, envisagerait la construction de cinq centrales d’ici à 2025. La Malaisie ambitionne quant à elle de se doter de deux réacteurs avant 2022 et a déjà commandé une étude de faisabilité à la Korea Electric Power Corporation. Même aux Philippines, qui, en mai dernier, ont annoncé la reconversion en infrastructure touristique de la centrale de Bataan (construite en 1984 et jamais opérationnelle), les partisans du nucléaire semblent gagner du terrain. Pour Mark Cojuangco, apôtre de la réouverture du site (coût de l’opération, selon l’AIEA : 1 milliard de dollars), « sans énergie à un prix abordable, notre économie ne sera jamais compétitive ».

Faille techtonique

Mais la palme revient au Vietnam. Grâce à un crédit de 8 milliards de dollars accordé par la Russie le 1er novembre, ce pays sera sans doute le premier de la région à construire non pas une, mais deux centrales. Début décembre, la compagnie russe Atomstroyexport et la japonaise Japan Atomic Power Company se sont accordées sur leur mise en chantier à Ninh Thuan, dès décembre 2014. À plus longue échéance, le Vietnam envisage de se doter au total de huit centrales.

À Singapour, enfin, dont 76 % des besoins en énergie dépendent du gaz naturel importé, la nécessité d’un recours au nucléaire ne fait aucun doute. En mars, le gouvernement a annoncé son intention de se doter de réacteurs de type PBR. Impossible en effet sur la minuscule île-État de respecter le périmètre de sécurité obligatoire de 30 km autour d’un éventuel site. Ces réacteurs de quatrième génération offrent le double avantage de permettre la création d’une centrale souterraine et de limiter les risques d’accident avec fusion du cœur, comme à Fukushima.

Même si le maître mot semble partout être « sécurité », on ne peut que s’étonner du choix de l’emplacement de la première centrale indonésienne, dont le chantier, repoussé sous la pression d’une forte opposition, débutera malgré tout en 2022. L’Agence nationale de l’énergie atomique a en effet retenu l’île de Bangka, qu’elle estime « au cœur d’une zone sismique plutôt stable ». Charmant euphémisme ! L’île est située au bord de la faille tectonique de Sumatra, à l’origine du tsunami dévastateur de 2004, et à moins de 400 km du Krakatoa, qui, en 1883, provoqua le séisme le plus violent de l’histoire de l’humanité.

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