Société

Chine : au pays des filles seules

Pékin compte pas moins de cinq cent mille jeunes femmes célibataires. Certaines assument, d’autres beaucoup moins.

Mis à jour le 23 décembre 2011 à 17:32

Deux jeunes chinoises à Pékin. © AFP

Ne lui dites surtout pas qu’elle est une shengnu, une « fille qui reste ». Dai Xin vit son célibat comme une libération. Elle est belle, jeune, riche, trentenaire, et vit à Pékin. Tout pour plaire ? Presque. « Je voudrais rencontrer quelqu’un de bien », soupire-t-elle. Conséquence de la politique de l’enfant unique, les jeunes femmes (et hommes) d’aujourd’hui sont outrageusement choyées par leurs parents. Du coup, elles sont très, très difficiles à contenter. Dai Xin préfère ainsi dépenser la totalité de son salaire en fringues et en cosmétiques plutôt qu’en couches-culottes. Une petite révolution, ici.

Toutes les jeunes Chinoises ne se montrent pas aussi égoïstes. Et la plupart vivent mal leur célibat. Dans une société encore très traditionnelle, une femme seule, fût-elle une brillante business­woman, est vue d’un fort mauvais œil. Yao Jun a 35 ans et mène une carrière exemplaire. Trop, peut-être. « Une femme qui gagne bien sa vie fait peur aux hommes, explique-t-elle. Les Chinois sont très machos et n’acceptent pas que je sois indépendante financièrement. »

Des "bouddhas combattants"

Directrice d’une grande agence de publicité, Yao Jun fait partie des douzhan­shengfo. Autrement dit, des « bouddhas combattants ». Une telle réussite sociale est un phénomène récent – et rare – dans une société où, contrairement à ce que prétendait Mao Zedong, les femmes sont encore loin d’être « la moitié du ciel ». À preuve ? Les « filles qui restent » ont leur équivalent masculin : les huang jin wang lao wu, les « mecs en or ». La nuance n’échappera à personne.

« La face » est en Chine l’élément primordial d’une relation. L’homme doit avoir le beau rôle, à commencer par celui de chef de famille. C’est lui qui, traditionnellement, travaille et subvient aux besoins de son épouse. Mais depuis l’ouverture économique, il y a une dizaine d’années, de plus en plus de jeunes Chinoises aspirent à faire des études – elles sont même majoritaires parmi ceux qui poursuivent leur cursus universitaire à l’étranger – et à travailler. Une façon de couper le cordon familial.

Il n’y a encore pas si longtemps, il fallait impérativement être marié avant 30 ans. Les parents n’hésitaient d’ailleurs pas à forcer le destin en présentant à leur enfant celui ou celle qui partagerait leur vie. Désormais, au moins dans les grandes villes, plus question de mariages arrangés. Les jeunes femmes veulent vivre à l’occidentale, avoir un métier qui leur plaît, un salaire attractif et voyager à l’étranger. Pour le mariage, on verra plus tard !

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Stéphane Pambrun, à Pékin