Politique

Tunisie : un gouvernement funambule

Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali (g) avec son gouvernement le 26 décembre 2011. © AFP

Dominé par les islamistes, le nouveau gouvernement tunisien compte vingt-neuf ministres, dont sept indépendants. Il est le résultat d'un bel exercice d'équilibrisme. Analyse.

Pour former le premier gouvernement de l’Histoire issu d’élections démocratiques, le Premier ministre, Hamadi Jebali, a dû jouer les équilibristes afin de contenter à la fois son parti, Ennahdha, ses deux « alliés », le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, et les indépendants. Il se sera écoulé deux mois entre les élections et la prise de fonctions du gouvernement, qui a reçu, le 22 décembre, la confiance de l’Assemblée nationale constituante (ANC).

Comme prévu, Ennahdha se taille la part du lion avec 14 des 29 ministères, dont 3 de souveraineté : la Justice, l’Intérieur et les Affaires étrangères. Deux postes clés échoient néanmoins à des indépendants : la Défense, à la tête de laquelle a été reconduit Abdelkrim Zbidi, et les Finances, dont le nouveau titulaire, Houcine Dimassi, a été proposé par Ettakatol. Les deux alliés d’Ennahdha totalisent 8 ministères : 4 pour Ettakatol et 4 pour le CPR. Outre les Finances et la Défense, les indépendants, presque tous des technocrates, se sont vu confier 5 départements ministériels et 7 des 11 secrétariats d’État (les 4 autres étant répartis entre les coalisés).

La composition du gouvernement traduit la volonté de la coalition de rompre avec le passé, sauf en ce qui concerne l’armée, qui s’est montrée républicaine en protégeant la révolution. C’est ce qui explique le maintien à la tête du ministère de la Défense d’un indépendant, Abdelkrim Zbidi, 61 ans, professeur de médecine hospitalo-universitaire, ancien ministre de la Santé et ami de l’Égyptien Mohamed el-Baradei, ancien patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), pour le compte de laquelle il avait assuré des missions d’expertise (applications médicales).

Le ministère de la Justice a été confié à Noureddine Bhiri, activiste modéré et avocat de renom, qui s’est consacré avec son épouse à la défense de la plupart des 30 000 membres et sympathisants d’Ennahdha arrêtés au cours des vingt dernières années.

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C’est un autre dirigeant historique du mouvement islamiste, Ali Larayedh, qui a pris la tête du ministère de l’Intérieur, dans les caves duquel cet ingénieur de 56 ans a été torturé pendant plusieurs mois lors de sa détention préventive, au début des années 1990, avant d’être condamné à quinze ans de prison. Jebali souhaitait nommer son prédécesseur, Habib Essid, conseiller pour la sécurité intérieure avec rang de ministre, mais le CPR s’y est opposé.

Attendu au tournant, Rafik Abdessalem, 46 ans, nouveau ministre des Affaires étrangères, devra faire la preuve qu’il est à la hauteur de la fonction, ses détracteurs estimant qu’il doit sa nomination à son lien de parenté avec Rached Ghannouchi, dont il est le gendre. Houcine Dimassi, professeur d’économie et indépendant, a été appelé à la dernière minute au ministère des Finances sur proposition d’Ettakatol, dont le candidat, Khayam Turki, un spécialiste de la finance qui a dirigé la campagne du parti, a fait défection. Dimassi, qui avait refusé de figurer dans le gouvernement de Mohamed Ghannouchi au lendemain de la révolution, est partisan de la remise à plat des finances publiques.

Plusieurs autres personnalités occupent des fonctions nouvellement créées ou seront chargées de réformes prioritaires. Parmi elles, le très médiatique Samir Dilou, porte-parole du gouvernement et à la tête d’un nouveau département des droits de l’homme et de la justice transitionnelle. Militant d’Ettakatol, Abderrahmane Ladgham, professeur de médecine et fils de feu Bahi Ladgham, grande figure du mouvement nationaliste et compagnon de Habib Bourguiba, a été chargé du dossier sensible de la lutte contre la corruption. Enfin, Mohamed Abbou, membre historique du CPR, s’est vu confier le ministère des Réformes administratives. 

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