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Cet article est issu du dossier «Bénin : Boni Yayi II ou l'éloge de la rigueur»

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Diplomatie

Bénin, terre de contrastes

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Par  Albert Tévoédjrè

Médiateur de la République du Bénin

Depuis quelques semaines, tous les observateurs internationaux avertis remarquent que le Bénin est au carrefour d’événements de portée significative. Du 18 au 20 novembre, le pape Benoît XVI y a effectué une mission pastorale pour signer et remettre l’exhortation apostolique postsynodale, fruit de la deuxième assemblée du synode des évêques pour l’Afrique de 2009. De tous les pays du continent qui auraient pu valablement abriter cette manifestation de très grande portée, c’est sur le Bénin que le Saint-Père a pointé son bâton de pèlerin.

Le 5 décembre, le Bénin a de nouveau focalisé l’attention internationale en accueillant les activités de relance du Conseil de l’entente. Au terme de cette séance de travail marathon, le chef de l’État béninois, Thomas Boni Yayi, s’est vu crédité de la confiance de ses pairs. Il a été confirmé président en exercice de cette institution, mère de toutes les organisations régionales en Afrique de l’Ouest.

Enfin, deux semaines seulement après sa visite de travail en Afrique du Sud à l’invitation de Jacob Zuma, le président béninois a accueilli à Cotonou son homologue sud-africain, le 11 novembre. Une journée de travail au cours de laquelle les deux chefs d’État ont signé plusieurs accords vitaux de partenariat.

Il est temps qu’au renouveau démocratique succèdent le renouveau du comportement et la discipline sociale.

Ce sont là des signes qui indiquent que ce pays du golfe de Guinée, petit par la taille mais doté d’un destin privilégié dans la sous-région, reste un carrefour d’importance en Afrique.

Dans la fièvre des élections présidentielle et législatives en préparation, il y a quelques mois seulement, ce pays était traversé par de violentes convulsions, relayées par des rumeurs alarmistes qui avaient fait craindre le pire. Malgré toutes les intrigues politiciennes et les querelles de clocher, force est de constater aujourd’hui qu’aucune perte en vies humaines n’a été déplorée, qu’aucun cas de détenu d’opinion consécutif à ces deux élections n’a été enregistré.

En revanche, il y a eu de multiples contestations qui, passés les dards lancinants des premiers instants de l’échec, ont fini par prendre les voies les plus autorisées et légales, devant les tribunaux et les instances constitutionnelles, pour que ces contentieux électoraux soient vidés.

Ainsi se manifeste le contraste béninois, qui tire sa force du refus obstiné de la violence et de l’engagement de la grande majorité pour une démarche pacifique d’expression de préférence politique.

Il nous manque cela dit une chose essentielle : la discipline sociale librement consentie. Nous n’avons pas encore intériorisé cette fibre patriotique qui fait opter prioritairement pour l’intérêt général sous-tendu par la mystique du travail et le respect scrupuleux du bien public. À preuve, des comportements relayant grogne sociale permanente et délinquance administrative continuent de prospérer ; toutes choses qui font perdre des recettes colossales à l’État et hypothèquent de ce fait l’avènement du progrès pour le bien-être de tous.

Comme j’ai déjà eu à le dire, un pays qui vit dans la promotion et la culture de la grève pour un oui ou pour un non ne peut aller bien loin. Il faut en finir. C’est aussi cela que j’ai voulu souligner en présentant mon dernier rapport d’activités de médiateur de la République : « Toutes formes de revendications qui devraient aboutir à ce que les enfants des travailleurs et des autres n’aillent plus à l’école ou que leurs familles et celles des autres citoyens ne bénéficient plus de soins de santé nécessaires à la préservation des ressources humaines nationales, toutes formes de revendications qui conduiraient à bloquer le fonctionnement des institutions et qui tombent ainsi sous le coup des interdictions formelles voulues par la Constitution, ne peuvent qu’être proscrites avec l’accord du peuple souverain et le soutien éclairé de la communauté internationale des défenseurs des droits de la personne humaine. »

Il est temps qu’au renouveau démocratique succèdent le renouveau du comportement et la discipline sociale. Ce défi appelle l’émergence, à partir du Bénin, d’une contribution nécessaire à la promotion de l’intelligence politique dont le monde et singulièrement notre continent ont aujourd’hui le plus grand besoin.

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