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Cet article est issu du dossier «Bénin : Boni Yayi II ou l'éloge de la rigueur»

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Bénin : 2011-2016, relancer l’agriculture et l’économie

Via trois agences et une banque spécialisée, le gouvernement veut moderniser l'agriculture. © Mark Surman/CC/flick'r

Les priorités du plan 2011-2016 s’articulent autour de trois axes : la relance du secteur agricole, le développement des infrastructures et l’assainissement des finances publiques.

L’agriculture, les infrastructures – portuaires et aéroportuaires – et les réformes politico-financières. Tels sont les trois axes économiques autour desquels Thomas Boni Yayi a axé l’essentiel de sa stratégie des grands chantiers pour le Bénin. Pour cela, il a mis en place, dès le début de son second mandat, en mars dernier, deux plans de relance de l’agriculture et de l’économie. Avec un double objectif : améliorer les recettes de l’État et résorber le chômage des jeunes, « une bombe à retardement qui menace tous les dirigeants africains », explique Marcel de Souza, ministre de l’Analyse économique, du Développement et de la Prospective : « Le Printemps arabe est là pour nous le rappeler. »

Nouvelles options pour Bénin Télécoms

La privatisation de Bénin Télécoms est dans l’impasse. Après avoir rejeté l’offre d’achat (pour 26 milliards de F CFA, soit 39,6 millions d’euros) de l’adjudicataire provisoire, Maroc Télécom, et déclaré l’appel d’offres international infructueux, le gouvernement béninois change de stratégie. La privatisation reste à l’ordre du jour, mais un nouveau plan stratégique à court terme est en train d’être élaboré dans le bureau de Max Ahouèkè, ministre de la Communication. Ce plan, qui devrait être rendu public au plus tard fin mars, vise à réduire la dette de l’entreprise (200 milliards de F CFA) par une réduction progressive de la charge d’exploitation. Au moins deux options sont étudiées : la vente à un opérateur privé, pour un montant de 30 milliards de F CFA, de la licence GSM de Libercom, propriété de Bénin Télécoms ; ou la fusion de l’entreprise avec Bell Bénin Communications, opérateur privé de téléphonie mobile à capitaux majoritairement béninois.

Au Bénin, plus de 50 000 diplômés sortent des universités et des grandes écoles chaque année, et, sur une population active de 4,4 millions de personnes, le secteur privé formel et l’État réunis n’en emploient que 103 000. Selon les estimations des autorités, 70 % de la population vit, directement ou indirectement, de l’agriculture, qui demeure encore très traditionnelle. C’est donc pour endiguer le problème du chômage et de l’emploi précaire que le gouvernement a lancé le plan stratégique de relance du secteur agricole.

Retour à la terre

Ce programme vise à inciter les jeunes diplômés au « retour » à la terre. Dans ce but, le gouvernement a créé, en partenariat avec des opérateurs privés étrangers (notamment indiens) et nationaux, trois agences qui seront opérationnelles dans trois à douze mois. Installée à Ouidah (à 42 km à l’ouest de Cotonou), l’Agence de mécanisation agricole doit permettre au pays de monter ses premiers tracteurs dans moins d’un an. « Il n’est pas normal qu’en 2011 nous continuions de cultiver nos terres avec des houes et des machettes, s’indigne Marcel de Souza. Nous allons inverser cette tendance. » L’Agence de promotion des filières agricoles sera quant à elle créée sur les cendres de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra, principale société cotonnière), et l’Agence d’aménagement hydro-agricole aura pour mission de viabiliser les vallées des fleuves Niger et Mono, notamment.

Le plan prévoit par ailleurs une banque nationale pour le développement de l’agriculture. Pour l’heure, l’État a réussi à mobiliser 5,3 milliards de F CFA (8,1 millions d’euros) – essentiellement des fonds privés – sur les 10 milliards qui doivent en constituer le capital. Boni Yayi compte sur « un véritable partenariat public-privé pour bâtir une économie compétitive, débarrassée des faiblesses d’une administration non performante et fondée sur la lutte contre l’impunité, la corruption et les infractions connexes », souligne un conseiller du président.

Révolution verte

Le plan stratégique du secteur agricole s’articule aussi autour du développement des filières et des usines de transformation locales. Outre le coton (avec une production de 300 000 tonnes par an en moyenne), l’État est en train d’organiser douze autres filières : maïs, riz, manioc, anacarde, palmier à huile… « L’organisation de la filière du riz est en train de porter ses fruits, se réjouit Marcel de Souza. Nous sommes déjà à 150 000 t produites cette année, alors que nous ne produisions pas du tout de riz auparavant. Notre besoin se chiffre à 200 000 t. Nous comptons être autosuffisants en riz très rapidement, pour atteindre notre objectif de 500 000 t par an et viser l’exportation. » Autre retombée positive de l’organisation des filières agricoles : pour la campagne 2010-2011, la production de maïs, nourriture de base au Bénin, est passée de 1 million à 1,3 million de tonnes, soit 350 000 t de plus que ce qu’il faut pour couvrir les besoins du pays. Et le gouvernement mise sur une légère augmentation cette année.

« Nous visons une révolution verte. Autrement dit, nous voulons que le Bénin soit le leader sous-régional en matière d’agriculture », affirme Marcel de Souza. Un vœu pieux ? Toujours est-il que Boni Yayi et son gouvernement souhaitent se donner les moyens d’atteindre leur objectif. Pour soutenir le développement du secteur, six usines de transformation de produits agricoles (tomates, ananas, agrumes, noix et amandes d’acajou, mangues) vont voir le jour et devraient être opérationnelles avant la fin du premier trimestre de 2012.

Les infrastructures sont un autre chantier majeur du quinquennat. À ce titre, Marcel de Souza révèle qu’un ambitieux projet de port minéralier et commercial en eau profonde, capable d’accueillir des bateaux de 20 m de tirant d’eau, est à l’étude. Il devrait être construit à Sèmè-Podji, non loin de la frontière avec le Nigeria, et s’étendre sur 1 028 ha, pour un coût de 400 milliards de F CFA. Le gouvernement sollicite l’appui de structures et d’opérateurs financiers américains. Il n’est pas sûr que ce projet voie le jour sous Boni Yayi, dont le mandat prend fin en 2016, mais les membres du gouvernement s’activent à sa concrétisation.

De même, les études de faisabilité du futur aéroport international de Glo-Djigbé, dans la banlieue de Cotonou, semblent avancer. Le gouvernement a signé un contrat en BOT (build-operate-transfer, ou construction-exploitation-transfert) avec un groupe sud-africain pour bâtir une aérogare quatre fois plus grande que celle de Cotonou (250 ha).

Audits tous azimuts

Enfin, sur le front des réformes destinées notamment à instaurer une meilleure gestion des comptes de l’État, les chantiers sont plus controversés. Tandis que l’opposition crie à la « démagogie », la mouvance présidentielle soutient à fond, surtout à l’Assemblée nationale, où elle est majoritaire, des réformes « nécessaires ». Dans ce domaine, le premier chantier mis en œuvre par Boni Yayi concerne le port de Cotonou, premier pourvoyeur du budget national : le Programme de vérification des importations (PVI) de nouvelle génération vise à y doubler les recettes douanières.

Moins consensuel a été l’audit organisationnel et fonctionnel de la présidence de la République, des ministères et de toutes les structures gestionnaires des fonds publics, commandé par le président juste après sa réélection. Ces audits tous azimuts visaient, en théorie, l’assainissement des finances publiques. Qu’en est-il au final ? Difficile de l’évaluer. 

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