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Les Américains reprennent en main AES-Sonel

Un nouveau directeur général, venu de Washington, doit améliorer les performances financières de l’électricien sans réduire les investissements.

Par - Serge Alain Godong, ?envoyé spécial à Douala
Mis à jour le 17 novembre 2008 à 09:38

L’homme à l’allure svelte et juvénile va et vient dans les couloirs, le visage souriant. Il y a trente minutes, le conseil d’administration d’AES-Sonel, siégeant à Paris en ce 19 septembre, lui a confié la direction générale de l’opérateur chargé de produire et commercialiser l’électricité au Cameroun. Brian Rich a 42 ans. Depuis deux ans, il était en charge de la mise en application des nouvelles procédures de gestion au sein du groupe américain AES, qui emploie 28 000 personnes dans le monde. Il prend sa nomination comme « un défi » : satisfaire une demande industrielle et domestique qui augmente de 6 % par an en moyenne.  Sur les sept dernières années, l’entreprise a dû apprendre à gérer les urgences. Il a fallu réunir des centaines de milliards de francs CFA pour moderniser les équipements, lutter contre les délestages frauduleux et calmer un personnel frondeur sur les questions salariales. « AES-Sonel est un bateau en perpétuelle tourmente », explique Jean-Pierre Moudourou, directeur des ressources humaines. La mutation du public au privé a été longue, et les comptes s’en ressentent. Privatisée et passée sous pavillon américain en 2001, AES-Sonel comptait alors 475 000 abonnés, pour un chiffre d’affaires de 120 milliards de F CFA (183 millions d’euros), avec des effectifs de quelque 5 000 personnes. Les abonnements ont progressé de 24 %, à 570 000 clients ; le chiffre d’affaires a été porté à 155 milliards de F CFA (+ 29 %) et son personnel réduit à 3 200 salariés. Mais les bénéfices sont passés de 20 milliards de F CFA à moins de 5 milliards. Pour certains, la nomination d’un directeur général américain en remplacement du Camerounais Jean-David Bilé, qui a dirigé l’entreprise pendant quatre ans, résonne comme une volonté de reprise en main de la part de la maison mère.

Cinquième entreprise du pays

Il faut donc que la nouvelle équipe trouve le moyen de faire mieux. Une des priorités sera donnée à la lutte contre la fraude, qui représente un manque à gagner de 10 milliards de F CFA par an. Elle est mesurée par le taux de rendement de la distribution (rapport entre l’électricité distribuée et les factures encaissées). Si les performances sont meilleures qu’au moment de la privatisation (le taux était à 68 %), elles ont diminué pour la première fois sur le dernier exercice : « de 78 % en 2006 à seulement 74 % pour 2007 », note Basile Ekobena, le sous-directeur en charge des tarifs. L’explication réside, selon lui, non seulement dans la recrudescence de la fraude mais aussi des dysfonctionnements dans le transport et la distribution de l’électricité.  Sur les quatre dernières années, 150 milliards de F CFA ont été investis pour augmenter la capacité de production de 147 MW, 400 transformateurs ont été remplacés ou rénovés, les travaux d’une centrale thermique de plus de 200 MW, d’un coût de 80 milliards de F CFA, ont été engagés à Kribi, une autre de 86 MW a été lancée à Dibamba, pour 56 milliards de F CFA. Grâce à quoi AES-Sonel, cinquième entreprise du Cameroun, est aussi la plus importante du secteur dans toute la sous-région. Le passage sous gouvernance américaine a singulièrement amélioré les conditions de travail, résultat d’efforts dans la sécurité, la formation, la protection sociale, la santé. S’ils n’ont pas totalement disparu, les délestages sont beaucoup moins fréquents. L’entreprise a fait grimper la capacité installée de 22 %, à 934 MW, tenant en sept ans l’objectif des 1 000 MW que le gouvernement lui avait assigné dans la convention de concession pour les vingt premières années d’activité. Mais de très nombreux travaux restent à entreprendre, comme la réhabilitation des barrages hydroélectriques de Song-Loulou et d’Edéa, pour un montant global de 75 milliards de F CFA. Ou encore l’extension de la centrale de Logbaba, pour 5 milliards de F CFA, et l’amélioration du réseau de distribution pour 42 milliards de F CFA. L’objectif est de relier 1 million de foyers supplémentaires au cours des quinze prochaines années. Le taux d’accès à l’électricité dans le pays n’est, pour l’instant, que de 35 %, dans un pays où 55 % de la population est dite urbaine. « Nous visons 50 % de couverture de la population en 2020 », affirme Jean-Basile Ekobena. Sans doute l’entreprise se réconciliera-t-elle définitivement avec son environnement, notamment avec les milieux économiques, qui lui ont souvent reproché d’être responsable de la perte de 5 % du PIB annuel. Une exagération, se plaint-on à la direction générale d’AES-Sonel, en rappelant que les dépenses d’électricité au Cameroun sont parmi les moins chères d’Afrique, représentant seulement 3 % des charges des entreprises.